Le Rova d’Antananarivo, un livre d’histoire pour les générations

L'entrée du Rova d’Antananarivo prise  en septembre 1940.

­­­­­Témoin de l’évolution historique d’un royaume, il porte les traces des différentes étapes d’une construction politique ; c’est un document historique. Mais ces traces s’inscrivent aussi dans l’espace, l’évolution des formes traduisant les différents choix, les diverses influences qui ont marqué le pays. Le Palais de la Reine est aussi un livre d’histoire. » C’est ainsi que Vincent Belrose Huygues débute sa présentation du « Rova de Tananarive, d’Andrianjaka à Radama Ier : un exemple de syncrétisme esthétique au XIXe siècle ». 

Deux siècles séparent Andrianjaka et Andrianam-poinimerina, le Rova du premier s’est transformé par agrandissement et rajouts. L’auteur commence par une description sur le Rova qui, dans une ville ou un village, est l’enceinte délimitée par un mur ou une palissade, réservée au souverain ou à son représentant. Dans cette enceinte, se dressent les Lapa, demeures royales du souverain, de ses épouses, de son entourage.

Sous Andrianjaka, seul existe le Rova sud. Dans son ouvrage sur les rois de l’Imerina, le R.P Callet signale : « Celui-ci fut aménagé le premier ; c’est là que se trouvent les ‘Tranomasina Fitomiandalana’ ou les sept tombeaux alignés » (« Tantara ny Andriana eto Madagascar », traduction de Chapus et E. Ratsimba). On y trouve aussi les cases royales Masoandro-tsiroa et Besakana. En revanche, le Rova nord est l’enceinte construite par Radama Ier autour des « Tranomasina », précise l’auteur de la présentation du Rova.  

Andrianjaka choisit l’endroit le plus élevé du site d’Antananarivo (1463 m), l’actuelle terrasse de l’Église du Palais. Le roi déboise le sommet de la colline nommée alors Analamasina, les arbres coupés serviront à bâtir des cases et un Lapa. Pour reconstituer le Rova primitif, Belrose Huygues se réfère aux seuls repères qui restent, les « Tranomasina ». Jusqu’à une époque récente, elles se trouvaient à l’endroit où les successeurs d’Andrianjaka les ont placées. Car la tombe d’Andrianjaka (la première) est alors installée à 30 mètres plus au sud et à quelques mètres à l’est du mur actuel de Manjakamiadana, le Palais de la Reine. 

L’architecte Anthony Jully, dans son ouvrage sur « L’habitation à Madagascar »  (« Notes, Reconnaissances et Explorations », 1898), qui place cette translation en 1897, relève avec précision les emplacements précédents, ce qui permet de remettre les édifices du Rova plus ou moins là où ils étaient érigés. Car mis à part les tombeaux, « il est certain que tous les édifices du Rova ont subi des translations ». Leurs emplacements anciens se situent toujours les uns par rapport aux autres. 

Ainsi, à partir des « Tranomasina », Belrose Huygues localise deux cases du Rova d’Andrianjaka. « Masoandrotsiroa au sud des ‘Tranomasina’ (…), Besakana est à l’ouest de la grande place et à l’est du parc à bœufs » (R.P. Callet). Mais, selon l’historien, « le ‘Kianja’ (grande cour ou arène) apprend-on plus loin, est au sud des ‘Tranomasina’ ». Ces deux constructions comme les cases qui devaient les entourer, ont également disparu. 

Masoandrotsiroa est reconstruit par Andrianam-poinimerina puis déplacé à Ambohimanga par Ranavalona Ire. Par la suite, le palais est détruit dans un incendie « au moment du décès de la reine ». L’historien précise, cependant, que « des Masoandro n’ont cessé de se succéder au Rova, chaque reine construisant le sien ». Concernant Besakana, une tradition attribue sa première construction à Andriamasinavalona. « Ces deux Lapa ont sans doute été reconstruits par Andrianam-poinimerina à qui sont attribués généralement les constructions que l’on peut voir aujourd’hui » (c’est-à-dire avant l’incendie de 1995).

À l’époque d’Andrianjaka, outre Besakana et Masoandro, un « Kianja » avec une pierre sacrée, Vatomasina, et un enclos à bœufs à l’extérieur de l’enceinte sont établis à l’ouest. Son tombeau est placé au nord, selon une coutume généralisée à Madagascar. « Le Rova possédait les structures de tous les Rova ultérieurs jusqu’en 1869-1888, moment où l’on ajoutera un temple. Il y avait un ‘modèle’ structural du Rova dès le règne d’Andrianjaka et, sans doute, bien avant ». Comme le précise Belrose Huygues, la preuve réside dans la similitude de la conception et des appellations au Rova d’Ambohimanga et à celui d’Antananarivo, « tous deux restaurés par Andrianam-poinimerina ».

Pela Ravalitera

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne