HOMMAGE - Ramy Franck marque plusieurs générations

Figure majeure de la musique malgache, Ramy Franck a marqué plusieurs générations par son style, ses chansons intemporelles et son attachement à l’identité culturelle.

Ramy Franck laisse derrière lui un héritage musical  qui continue de marquer la mémoire.

Certaines voix traversent les époques et restent intimement liées aux souvenirs d’une génération. Celle de Ramy Franck, de son vrai nom François de Sales Rakotomanana, en fait partie. Décédé le 18 juillet à l’âge de 86 ans, celui que l’on surnommait « Clo Clo gasy » laisse derrière lui un héritage musical qui continue de résonner dans la mémoire collective malgache.

Pionnier du rhythm and blues malgache dans les années 1970 et 1980 et fondateur du groupe Mélodie Jazz, Ramy Franck s’est également distingué par un univers musical original, mêlant rhythm and blues, rock psychédélique, pop-rock et jazz fusion malgache. Des titres comme « Bibidia », « Mitandrema Ry Tanora », « Mama », « Nama » ou encore « Zany d’Zany » ont marqué son parcours. Enregistrée en 1972 avec Mélodie Jazz sous le label Discomad, «Vavaka ho anao ry Neny » reste l’une de ses œuvres les plus emblématiques. Née alors qu’il était gravement malade à l’hôpital, cette chanson est devenue, au fil des années, un rendez-vous incontournable de la Fête des mères, tout en portant une émotion particulière pour les orphelins.

Pour Rossy, Ramy Franck représentait « un phénomène » dont les chansons ont accompagné son enfance. « Un monument s’est effondré. Ses chansons ont bercé mon enfance. “Bibidia” résonnait à Antanimbarinandriana lors des fêtes de l’Armée, des kermesses et des événements. “Vavaka ho anao ry Neny” est une chanson poignante pour les orphelins, mais elle rend aussi hommage à toutes ces mères qui ont élevé des enfants. Je m’incline devant ses œuvres, qui demeureront éternelles », témoigne-t-il, en saluant également son fils, Johanne Wilfried, percussionniste et digne héritier de cet héritage artistique. Ce dernier a exprimé sa douleur sur les réseaux sociaux par ces mots : « Au revoir, Papa. »

Ancien journaliste, ami et admirateur de l’artiste, Randy Donny souligne, pour sa part, ses nombreuses innovations. 

Showman

« Musicalement, il était un adepte du rhythm and blues et ses disques, notamment “Bibidia” et “Nama”, en témoignent. Ses arrangements étaient avant-gardistes pour l’époque. Sur scène, il était le premier à s’entourer de danseuses à la manière de Claude François. C’était aussi un véritable showman, avec des mises en scène inspirées de James Brown ou de Johnny Hallyday.»

Membre de sa famille, Toubih Rands garde le souvenir d’un homme passionné et profondément sociable. « Il était malade depuis longtemps et, avec l’âge, il avait naturellement ralenti ses activités. Il avait pourtant gardé l’envie de revenir à ses anciennes activités artistiques et avait même fait un come-back il y a une dizaine d’années, en participant à l’organisation d’événements et à des prises de son. Quand nous étions chez lui et que nous chantions, il nous écoutait et nous regardait, juste avant de nous dire que nous n’étions pas capables de créer une véritable ambiance. Il prenait alors sa guitare et nous montrait son talent, tant nous étions fascinés. C’était un homme qui aimait prendre soin de lui, marcher, rencontrer les gens et aider. C’était aussi un homme chaleureux et un excellent orateur, souvent chargé de prendre la parole lors des cérémonies familiales.»

Son engagement dépassait la musique. Lors d’un concours de chant dans les années 1970, alors que la plupart des candidats interprétaient des chansons en anglais ou en français, il avait choisi de chanter en malgache et remporté la première place. Il défendait ainsi la valorisation de l’identité culturelle et encourageait les jeunes artistes à trouver leur propre voie. « Il faut chercher et promouvoir son identité culturelle avant tout », répétait-il. Pédagogue, il leur lançait également : « Laisse la cigarette, laisse l’alcool ; voici le studio, un lieu sacré, et fais de la musique. »

Ancien militaire ayant combattu en Algérie, homme de foi et engagé dans sa communauté, Ramy Franck avait reçu le titre de commandeur de l’Ordre national.

La voix de Ramy Franck s’est éteinte, mais son répertoire demeure. Son parcours singulier, son identité musicale et son attachement à la culture malgache continuent ainsi de nourrir la mémoire de plusieurs générations. Il sera inhumé ce jour dans son tombeau familial à Ambohitsararay, Ankadinandriana.

Cassie Ramiandrasoa

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