Furieux et martial. Le chef de l’État Michaël Randrianirina ne l’a jamais été autant qu’hier. Irrité par le délestage insoluble à Toamasina, Mahajanga et Antsiranana malgré l’achat de groupes pour la Jirama, le chef de la Refondation n’est pas allé par le dos de la cuillère. Il a carrément crevé l’abcès et s’en est pris au fournisseur en charge de l’approvisionnement en électricité de ces trois villes. Il a même poussé un peu plus loin le bouchon en donnant une semaine à ce fournisseur pour rétablir l’électricité. Dans un élan de patriotisme et de souveraineté, le chef de l’État a été on ne peut clair en déclarant que si cette entreprise ne veut pas travailler à Madagascar et pour les Malgaches, elle n’a qu’à faire ses valises.
Il a donné quelques détails sur la fourniture d’électricité à Antsiranana où le besoin de la ville est de 11 MW, le partenaire devrait dégager 18 MW mais ne donne que 3 MW. La Jirama lui paie l’équivalent de 65 MW depuis des années sans discontinuer.
C’est loin d’être un cas isolé étant donné que les contrats liant la Jirama et ses fournisseurs sont tous de la même espèce. La Jirama paie la puissance déclarée et qui est souvent au moins le double de la puissance fournie. Il est clair qu’il y a une affaire de gros sous dont profitent les entreprises partenaires et certains cadres de la Jirama.
Le Chef de l’État a affirmé hier qu’il va falloir revoir les contrats entre la Jirama et ses partenaires. En 2019, l’ancien Premier ministre Christian Ntsay a constaté de visu la situation sur place à Ambohimanambola et a tenté de revoir les clauses des contrats. Les fournisseurs se sont montrés inflexibles tout simplement parce que la Jirama leur doit beaucoup d’argent, plusieurs années d’arriérés de paiement. Pour éviter un black-out total, l’État a préféré faire profil bas.
Les fournisseurs sont même allés au tribunal pour contrecarrer les réquisitions de l’État sans avoir eu gain de cause.
C’est peut-être la partie émergée de l’iceberg.
En 2024, l’État a annoncé avoir apuré toutes les dettes de la Jirama estimées à 3000 milliards ariary. Le budget de l’éducation a dû être rogné pour s’acquitter de cette somme astronomique. Mais le problème reste entier. Le délestage n’a reculé que le temps d’une élection ou lors d’un sommet international. À l’époque, certaines voix au sein de la Jirama ont affirmé n’avoir jamais senti l’odeur de cet argent.
De deux choses l’une. Soit l’argent a été sorti de la caisse de l’État et s’est volatilisé entre Antaninarenina et Ambohimanambola, soit il est bel et bien crédité au compte de la Jirama mais n’a pas servi à régler les arriérés.
Le problème est donc plutôt financier que technique. Dans les deux cas, le résultat est le même. L’électricité fait défaut (c’est coupé depuis 19.00 hier à Ambohibao Bongatsara) même dans la capitale. Insécurité étant, délestage aidant, tout le monde vit sous haute tension.
Sylvain Ranjalahy