Le même refrain revient encore et encore, comme sur un vieux disque rayé de 45 tours. Le Réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) passe désormais en mode délestage tournant.
Une heure trente de coupure dans presque tous les quartiers de la capitale et de ses environs a été annoncée par la Jirama en début d’après-midi. Les responsables sont restés évasifs ces dernières semaines quant au terme de « délestage », mais par la force des choses, et face aux sempiternelles coupures d’électricité, le mot s’impose.
Dans un communiqué publié en début d’après-midi, la société nationale d’eau et d’électricité a indiqué que les coupures d’électricité tournantes reprenaient. À l’origine : la baisse du niveau de l’eau à Andekaleka, ainsi qu’un retard logistique dans l’approvisionnement en carburant pour la centrale thermique d’Ambohimanambola.
« Ces contraintes techniques entraînent un déficit de production d’environ 25 MW, perturbant ainsi la distribution d’électricité dans plusieurs quartiers », indique la Jirama, qui renchérit : « Afin de gérer au mieux cette situation et d’équilibrer le réseau, la Jirama procède à des coupures d’électricité tournantes jusqu’à 17h 30, pour une durée d’une heure et demie (1h 30 min) par coupure ».
Des excuses dont les usagers de la Jirama se seraient bien passés. Et pour cause, elles sont employées depuis belle lurette, à chaque période d’étiage. La Jirama indique envisager des solutions d’urgence, notamment le recours à la pluie artificielle au-dessus d’Andekaleka, prévue pour ce week-end, qui permettra de rehausser le niveau d’eau du barrage. Des solutions « tip-top » qui coûtent cher.
Il faut compter, selon les estimations, jusqu’à 60 millions d’ariary par site pour réaliser ces opérations. Et chaque année, ce boulet financier s’alourdit. En attendant, le potentiel en énergies renouvelables de la Grande Île reste bridé.
Le projet Volobe II patauge dans d’interminables bouclages financiers, et l’exploitation de l’énergie solaire et éolienne reste encore un graal accessible uniquement aux opérateurs privés d’une part, et à l’élite, qui peut s’offrir des panneaux solaires entre 15 et 40 millions d’ariary, d’autre part.
Les partenaires techniques et financiers se relaient à tue-tête pour rappeler que la Grande Île possède le troisième potentiel hydroélectrique du continent africain. Il est estimé à plus de 7,8 gigawatts selon les données de la Banque africaine de développement et du Fonds monétaire international. Ironie du sort, moins de 2 % de cette capacité colossale est actuellement exploitée.
Année après année, les délestages s’enchaînent et se ressemblent. L’expression « Mangetaheta ambony lakana » (avoir soif sur une barque) prend tout son sens. Et que dire du potentiel solaire ? Grâce à une situation géographique privilégiée, le potentiel de l’énergie solaire est estimé à environ 2 000 kWh/m²/an sur l’ensemble du territoire. L’île bénéficie de plus de 2 800 heures d’ensoleillement annuel. Mais apparemment, le soleil à Madagascar est hypocrite : il brille, mais ne chauffe pas !
Itamara Otton