ANTANANARIVO - Les dépôts de médicaments s’implantent dans les périphéries

Le duel commercial et sanitaire s’intensifie sur le terrain. Les dépôts de médicaments s’étendent.

Une cohabitation de plus en plus complexe se dessine aux abords d’Antananarivo. Les officines et les dépôts de médicaments se livrent une guerre de territoire. Alors que le réseau pharmaceutique légal densifie sa présence dans les communes périphériques, de nouveaux dépositaires de médicaments s’implantent également. Dans l’une des communes périphériques de la capitale, deux nouveaux dépôts de médicaments viennent de s’ouvrir, alors qu’une pharmacie y est déjà implantée. Le responsable de l’une des structures met en avant son autorisation légale. « Nous travaillons dans la commune depuis de nombreuses années, mais nous avons simplement déménagé pour nous rapprocher de la population », indique-t-il. Une autorisation est exigée pour ouvrir un dépôt de médicaments.

La population locale, elle, y trouve une réponse rapide à ses besoins de santé quotidiens. « Auparavant, nous étions obligés d’aller en ville pour acheter des médicaments en cas de maladie. La pharmacie se trouve à des kilomètres du chef-lieu de commune, en plus les médicaments y sont chers », lance Taratra Ramaroson, un habitant de la commune. 

Déséquilibre 

En milieu rural, le réflexe du dépôt de médicaments l’emporte souvent sur celui de l’officine. Dans la commune d’Ambohimangakely, où structures légales et dépositaires se partagent le marché, l’affluence penche nettement d’un côté. Des files d’attente sont souvent aperçues devant les dépôts, si les officines affichent une fréquentation plus calme. 

« Les médicaments sont moins chers chez les dépositaires », estiment des personnes rencontrées devant un dépôt de médicaments. Notre test comparatif effectué dans deux pharmacies et un dépositaire de médicaments sur trois produits montre qu’aucune structure ne détient systématiquement le tarif le plus bas. Le premier produit oscille entre 9 000 et 11 000 ariary en pharmacie, contre 10 700 ariary au dépôt. Pour le deuxième produit, les officines reprennent l’avantage concurrentiel en vendant le traitement à 3 300 et 3 500 ariary, soit moins cher que les 4 000 ariary demandés par le dépositaire. Le dépôt s’avère en revanche plus économique sur le troisième produit, affiché à 8 400 ariary contre 8 800 ariary chez les pharmacies. « Il n’y a pas de grandes différences de prix entre les produits vendus au niveau des dépositaires de médicaments et les officines», admet la gérante d’un dépôt qui indique avoir déjà travaillé pendant plus de sept ans dans quelques pharmacies.

Le déséquilibre entre les deux modèles est flagrant à l’échelle nationale. Madagascar compte actuellement 1 500 dépôts de médicaments pour seulement près de 300 officines. Face à cette pénurie de pharmacies, de nombreuses communes se retrouvent encore totalement dépourvues de pharmacie.

Une proposition de loi qui a voulu égaliser le statut des pharmaciens et celui des gérants de dépôts de médicaments a été à l’ordre du jour des travaux de commission à l’Assemblée nationale, en ce mois de juin. L’examen de la proposition de loi a été ajourné. Selon l’Ordre national des pharmaciens, le dépôt de médicaments a pour fonction de pallier l’absence de pharmacie dans les zones reculées. Pour cette organisation, l’officine doit rester un sanctuaire de la Santé publique. « Un médicament mal maîtrisé ne guérit pas, il tue. Une mauvaise voie d’administration ou une interaction invisible, et le remède se transforme en poison. »

Miangaly Ralitera 

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