SOINS - La prise en charge hospitalière pointée du doigt

Les doléances liées à la prise en charge hospitalière se multiplient. Patients et professionnels de santé décrivent un système sous tension, confronté à un manque chronique de personnel et de moyens.

Des professionnels de santé s’occupent d’un patient dans un service de réanimation.

Le malaise s’exprime de plus en plus ouvertement dans les hôpitaux publics. De nombreuses familles disent éprouver un sentiment d’abandon face aux difficultés rencontrées dans la prise en charge de leurs proches. « L’infirmier nous a dit de l’appeler quand le sérum serait presque vide. Malgré plusieurs relances, il n’est venu qu’au bout de deux heures. Entre-temps, le cathéter s’est bouché et il a fallu repiquer mon proche sur une autre veine », témoigne Toavina Aina, garde-malade dans un hôpital d’Antananarivo.

Certaines situations sont décrites comme plus préoccupantes encore. 

« Vers 2 heures du matin, la machine de notre mère s’est mise à sonner et à clignoter en rouge. J’ai couru alerter le médecin de garde, mais, dix minutes plus tard, l’alarme retentissait toujours. En retournant à la salle de garde, j’ai trouvé la pièce vide : le médecin était mobilisé dans une autre chambre pour tenter de sauver un autre patient», raconte Amélie Rabakoarisoa. D’autres familles évoquent également une surveillance médicale jugée insuffisante.

Du côté des soignants, les témoignages mettent en avant des conditions de travail marquées par une forte pression. « Pour un service de quinze lits, le personnel titulaire se résume à un médecin et un infirmier par garde. Le reste de l’équipe est constitué d’internes et de bénévoles paramédicaux. Cette pénurie de ressources humaines impose une hiérarchisation des soins, au prix de délais d’attente plus longs pour certains patients », explique un médecin.

Des moyens limités

Les professionnels interrogés soulignent l’écart entre les besoins des services hospitaliers et les ressources disponibles. « À l’étranger, pour quinze lits de réanimation, l’équipe compte de nombreux professionnels, des médecins aux paramédicaux, en passant par les psychologues et les agents de service. Ici, nous devons faire fonctionner une structure comparable avec des effectifs bien plus réduits», indique un médecin réanimateur-anesthésiste.

La question des effectifs apparaît comme l’une des principales difficultés des établissements publics. Le centre hospitalier universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHU JRA), qui compte une vingtaine de services, emploie environ 800 agents. Selon une source hospitalière, les départs à la retraite et les décès ne sont pas toujours compensés par de nouveaux recrutements, contribuant à une diminution progressive des effectifs médicaux.

À cette situation s’ajoutent les départs de praticiens vers l’étranger. 

« C’est la pression et le manque de reconnaissance qui les poussent à partir. Ils ont le sentiment d’avoir beaucoup donné pour un métier devenu particulièrement exigeant. Les rémunérations restent limitées et les équipements évoluent lentement », estime la même source.

Pour plusieurs responsables hospitaliers, les difficultés de communication entre les établissements et les usagers contribuent également à alimenter les tensions. Ils invitent les familles à signaler rapidement les dysfonctionnements afin de permettre une intervention des directions concernées. « Les demandes d’explication et les réaffectations de personnel font partie des mesures que nous pouvons mettre en œuvre pour améliorer la qualité du service », indique un responsable hospitalier.

Au-delà des réponses immédiates, les professionnels interrogés plaident pour un renforcement durable du système de santé. Ils évoquent notamment la nécessité d’améliorer les conditions de travail, de recruter davantage de personnel et de moderniser les équipements hospitaliers. Ils soulignent également l’importance d’une meilleure couverture des dépenses de santé pour limiter les renoncements ou les retards de prise en charge liés aux contraintes financières.

Le recrutement d’agents de santé figure parmi les priorités affichées par le ministère de la Santé publique. Cette orientation a notamment été rappelée par le secrétaire général du ministère au mois de mars.

Miangaly Ralitera

1 Commentaires

  1. Il vaut mieux des fusils et des chars qu'investir dans la santé. Les riches peuvent aller se faire soigner ailleurs.

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