SESSION EXTRAORDINAIRE - Le Premier ministre attendu devant les députés

Le chef du gouvernement se prêtera à l’exercice du grand oral devant l’Assemblée nationale, la semaine prochaine. Une séance qui se tiendra dans une conjoncture politique et socio-économique pesante.

Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, lors de sa prise de fonction, à Mahazoarivo, le 15 mars.

Rendez-vous est pris. Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, fera face aux députés la semaine prochaine. Comme le veut la Constitution, il présentera, devant l’Assemblée nationale, le Programme de mise en œuvre (PMO) de la Politique générale de l’État (PGE), qui, durant cette période transitoire, est rebaptisé Politique générale de la Refondation (PGR).

« Dans les trente jours de sa nomination, le Premier ministre présente son programme de mise en œuvre de la politique générale de l’État au Parlement », dispose la Loi fondamentale. Afin que le locataire de Mahazoarivo, nommé le 15 mars, puisse se prêter à l’exercice voulu par la Constitution, le Conseil des ministres de mercredi a acté un décret portant convocation de la Chambre basse pour siéger en session extraordinaire.

En l’absence du Sénat, l’institution de Tsimbazaza exerce seule le pouvoir législatif. Toujours selon la Loi fondamentale, le décret de convocation de la session extraordinaire en fixe l’ordre du jour. Elle ne peut pas non plus excéder douze jours. Outre le discours-programme du chef du gouvernement, le communiqué du Conseil des ministres parle aussi de « l’adoption d’autres projets de loi », comme point inscrit à l’ordre du jour des travaux parlementaires.

Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, ne parle que d’un seul projet de loi à l’affiche de la session extraordinaire. Il s’agit de celui relatif à l’enregistrement des naissances à titre dérogatoire dans le cadre de l’enrôlement biométrique de masse. Le grand oral de Mamitiana Rajaonarison devrait ainsi être le principal événement de ce rendez-vous impromptu des députés. En principe, il se tiendra le 14 avril.

Obligation de résultats

Le discours-programme du Premier ministre se tiendra dans une conjoncture politique et socio-économique pesante. Sur le plan politique, il y a un courant de jeunes qui ont été au front des manifestations de septembre et octobre, notamment ceux du mouvement Gen Z, qui mettent la pression pour accélérer le changement auquel ils aspirent.

Le mouvement Gen Z et d’autres organisations de jeunes appellent justement à la tenue d’une « Marche pacifique », ce jour, en partant de la place d’Ambohijatovo pour rejoindre celle du 13-Mai, sur l’avenue de l’Indépendance. La dissolution de l’Assemblée nationale, de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) et de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est l’une des revendications affirmées. Une descente dans la rue après que leur ultimatum de 72 heures pour la dissolution de ces institutions, notamment la Chambre basse, n’ait pas eu d’écho.

Durant une séance d’échange avec les forces vives de la région Matsiatra Ambony, à Fianarantsoa, vendredi, le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, a expliqué qu’il ne peut pas dissoudre les institutions et les organes constitutionnels. Il table sur la décision de la HCC du 14 octobre qui a donné une onction constitutionnelle au pouvoir militaire.

Le locataire d’Iavoloha a ajouté qu’il reviendra à la concertation nationale de décider de tout changement du système de gouvernance de la période de Refondation. Les atermoiements sur le coup d’envoi concret de la concertation nationale sont justement une des causes de la confusion politique actuelle. Un léger décalage par rapport au chronogramme inscrit dans le Programme de la Refondation, remis à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), est d’autant plus constaté.

Dans son discours-programme, en novembre, Herintsalama Rajaonarivelo, ancien Premier ministre, a présenté un chronogramme des principales échéances des vingt-quatre mois de la Transition. Plusieurs personnes veulent que Mamitiana Rajaonarison fasse le point sur ce sujet lors de la présentation de son PMO-PGR. Certains souhaitent même des dates sur les prochaines échéances électorales.

Le locataire de Mahazoarivo est également attendu sur son plan d’action en matière de lutte contre la corruption et les délits assimilés. D’autant plus qu’il s’agit de son domaine de prédilection, lui qui fut l’ancien directeur général du Service de renseignement financier (Samifin) et un ancien cadre du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco).

Par ailleurs, sur le plan socio-économique, la crainte d’une pénurie de carburant, qui crée une psychose dans les grandes villes depuis quelques jours, pourrait influencer la teneur du discours-programme du Premier ministre. Une situation engendrée par la guerre au Moyen-Orient. Une conjoncture qui impose aussi une approche macroéconomique afin d’éviter une forte inflation. Il y a aussi le relèvement et la reconstruction post-cyclonique qui sont toujours d’actualité, notamment à Toamasina.

Une nouvelle crise humanitaire alimentaire pointe également son nez dans plusieurs circonscriptions du Sud du pays. Lors de sa prise de fonction, Mamitiana Rajaonarison a déclaré qu’il voulait des ministres « choc choc ». Une équipe dynamique soumise à une obligation de résultats. D’aucuns s’attendent alors à ce que son discours-programme présente les paramètres permettant de mesurer les résultats attendus du gouvernement.

Garry Fabrice Ranaivoson

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