Ressuscitons l’école

Le R.P. Boudou, un jésuite au ton pour le moins sceptique - n’avait-il pas qualifié la reprise du grand dictionnaire projeté par le R.P. Callet (décédé le 7 avril 1885) par son collègue Abinal (mort le 11 novembre 1887) de «sous-oeuvre combien plus étriquée» (Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle», tome 2, p.359) - ne fut pas tendre envers les efforts de modernisation de l’État malgache au 19ème siècle. 

«Au début de la période qui nous occupe (1868-1883), écrivait Adrien Boudou, il n’y avait pas la moindre trace de législation scolaire à Madagascar. Toutes les écoles furent à la charge des missions, et tant que dura le royaume Hova, il n’y eut point d’enseignement officiel, ou plus exactement, cet enseignement s’identifia avec les écoles de la London Missionary Society, qui avait sous sa mouvance celle des Amis ou Quakers, et avec les écoles des Luthériens de Norvège. Sous l’influence des Indépendants (L.M.S.), Rainilaiarivony tendit à établir l’instruction obligatoire» (Boudou, Les Jésuites, tome 2, pp.143-144). 

La confusion entre activité scolaire et mission confessionnelle semble se confirmer quand on lit l’article 49 des Instructions aux Sakaizam-bohitra (année 1878) : «Il n’est interdit à personne de faire bâtir un édifice religieux ou scolaire». Tandis que les articles 271 et 272 du Code des 305 articles (année 1881) établissaient l’instruction obligatoire : «Les enfants, garçons ou filles, doivent, à partir de huit ans, être tous mis en classe pour y recevoir l’instruction», «Les enfants doivent rester à l’école depuis l’âge de huit ans jusqu’à celui de seize». 

Que cette disposition légale ait été effectivement appliquée ou que celle-ci ne puisse être créditée que d’une estime de principe, elle demeure l’ancêtre de l’article constitutionnel (parfois éminemment théorique) édictant un enseignement primaire obligatoire. Cette loi malgache du 29 mars 1881 aura même précédé la loi française du 28 mars 1882, législation étrangère citée particulièrement ici pour les liens singuliers entre Madagascar et la France durant la parenthèse 1896-1959. 

Tentative que d’aucuns diraient «touchante de naïveté», de la part d’un peuple qui aura mis moins de 80 ans entre «son» Moyen-âge et «ses» Lumières, à se conformer aux «canons» de la «civilisation». 

Peut par contre se passer de ces multiples guillemets l’émotion, presque quotidienne, à voir ces milliers d’enfants envoyés par leurs parents à l’école. Malgré les conditions diverses, entre asymétrie et inégalités, pour la vulgarisation de l’instruction et de l’éducation, l’école demeure le moins mauvais système. Pour l’avoir trop souvent oublié et négligé l’enseignement voire désaffecté l’école, Madagascar subit aujourd’hui un délestage intellectuel et une dévaluation culturelle. Notre pays court un «400 mètres haies» dont chaque date-obstacle, 1972, 1991, 2002, 2009, 2018, 2025, creuse une déclivité situant l’hypothétique ligne d’arrivée plusieurs étages en dessous des promesses du départ. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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