La route n’avance pas

Il est de certains axes comme des choses de la vie : on en fréquente (plus ou moins volontiers) assidûment tandis qu’on en contourne soigneusement d’autres. Les rues Ampasampito-Soavinandriana, Ankadilanana-Soanierana et la route nationale 7 font indubitablement partie de la première catégorie. Mais, à force d’y passer et d’y repasser, je les vois caractériser l’ensemble routier malgache. 

La courte portion qui descend d’Ampasampito vers l’hôpital de Soavinandriana appartient à ces lots qu’on n’en finit pas de restaurer pour les voir aussitôt se délabrer. Mais, contrairement à Sisyphe, dont ce fut la malédiction, les entreprises de BTP en font leur beurre et l’argent du beurre. 

Ankadilanana désigne un encaissement entre deux talus, ce qui est l’exact schéma de la rue improprement dénommée Ankadilalana. Là, on a creusé une route entre les parois d’Ambohijanahary et l’escarpement de la colline originelle d’Antananarivo. Mais, ici, on se soucie peu de l’étymologie comme on n’accorde aucune importance au professionnalisme, au savoir-faire, à l’expérience, des entreprises de BTP. Depuis 50 ans, j’ai toujours connu la route d’Ankadilanana-Soanierana en beaux pavés de 30 x 20 cm. Maintenant que l’on a décidé de les ôter, on leur découvre également une belle profondeur d’une quinzaine de centimètres. Ce n’est certainement pas ces petits «cailloux» dont on fait les pavés d’aujourd’hui et que soulèvent les deux roues d’une horde de scooters. Ces pavés de mon enfance ont duré plus que toute ma vie, ayant vu défiler les troupes coloniales de la caserne Lucciardi jusqu’aux derniers éléments du CAPSAT 2025. Le bitume qu’on leur préfère désormais tiendra-t-il seulement le quart de leur durée ? Le doute est permis à regarder se hâter lentement l’adjudicataire et sa haute-intensité-de-main-d’oeuvre. 

Si la destination Analavory-Ampefy est presque «carte postale», les bouchons sur les deux ponts d’Anosizato et d’Ampasika-Andohatapenaka peuvent refroidir bien d’enthousiasme avant de gagner la RN1. Depuis deux ans, les automobilistes ont pris l’habitude de prolonger vers Soavinandriana-Faratsiho-Sambaina pour contourner une RN7 abandonnée à ses innombrables trous, sa tonne de poussière, son revêtement tôle ondulée. Deux ans après, là où sans doute une entreprise chinoise de tous ces superlatifs d’ingénierie (le plus vertigineux, le plus profond, le plus long) aurait mis une poignée de mois, il reste encore à subir Ambatofotsy-Ambalavao, Ambatolampy-Ihazolava-Ambohimandroso, Ilempona-Sambaina. Sambaina-Antsirabe étant à l’avenant. Deux ans pour faire 169 kilomètres, comme les automobilistes se vantaient de les faire autrefois en deux heures et demie. 

Quelle est l’exacte proportion de ciment et de sable dans un vrai béton qui ne s’effrite pas aussitôt posé ? Quel est le diamètre minimal de fer rond qui ne s’effiloche pas en mèche rebelle ? Quelles sont les diverses couches d’une vraie route dans les règles de l’art et qui survive à plusieurs générations ? 

Autant de questions, qui sont des inquiétudes. Schéma mental qu’on retrouverait partout à Madagascar à se faire cahoter ici, à barboter là, à s’enliser ailleurs. En attendant, la route n’avance point ou trop lentement. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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