SECTEUR PRIVÉ - Le GEM réclame la sécurité des investissements

Le président du Groupement des Entreprises de Madagascar (GEM) a été sans détour. Il a déploré le manque de sécurité des investissements dans la Grande Île et a appelé l’État à être un partenaire fiable pour le secteur privé.

Francis Rabarijohn, président du GEM, avec Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, hier à Ivato.

Francis Rabarijohn, patron du GEM, n’y est pas allé par quatre chemins. Hier, lors d’un colloque réunissant le Groupement des Entreprises de Madagascar, le gouvernement et Transparency International, il a plaidé pour davantage de sécurité des investissements à Madagascar. 

« La confiance ne se commande pas », a-t-il lancé. « Elle se gagne et s’entretient par des engagements tenus [...] Elle se construit par des réformes crédibles, mais aussi avec de la stabilité et de la prévisibilité », indiquait-il devant le Premier ministre et les représentants du secteur privé.

Francis Rabarijohn a évoqué au passage plusieurs difficultés auxquelles le secteur privé est confronté. Il a notamment cité les dossiers relatifs à la fiscalité et aux arriérés de l’État vis-à-vis des opérateurs privés. « Plusieurs entreprises exportatrices ont le plus grand mal à se faire rembourser totalement leur crédit de TVA qui, au total, se chiffre à plusieurs dizaines de milliards d’ariary d’arriérés. Ce ne sont pas des sommes que nous réclamons parce que nous bénéficions d’avantages. Ce sont des sommes dues à ces entreprises. Pourquoi ? Est-ce par manque de fonds ou pour d’autres raisons particulières ? » s’interroge-t-il.

Au-delà de la fiscalité, la question de la corruption a également été soulevée par le président du GEM. « La justice fiscale n’est pas encore une réalité ressentie par les opérateurs, car seuls les contribuables réglos se font contrôler, tandis que les gros fraudeurs, les gros poissons, continuent à prospérer ici ou ailleurs », a-t-il indiqué.

Restauration de la confiance

Le patron du GEM a également évoqué d’autres dossiers, notamment celui du salaire minimum d’embauche, dont les négociations ont tourné court. Il a aussi fait référence à la situation de certains administrateurs de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNaPS), parmi lesquels plusieurs membres du Groupement des Entreprises de Madagascar sont placés sous contrôle judiciaire depuis septembre 2021. 

« Certains sont même frappés d’une interdiction de sortie du territoire [...] Nous avons compris qu’il y a des soucis, qu’il y a eu des soucis dans la gestion des fonds au niveau de la Commune urbaine d’Antananarivo. Mais nous ne comprenons pas comment quatre ou cinq administrateurs du GEM peuvent subir ce type de mesures judiciaires », déplore-t-il.

De son côté, Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, a indiqué que le gouvernement entendait restaurer la confiance entre l’État et le secteur privé. « L’État a confiance dans le secteur privé », affirme le locataire de Mahazoarivo. Il poursuit : « Nous allons accompagner le secteur privé pour capter les investissements. L’État a déclaré la guerre à la corruption et aux situations de monopole afin qu’il y ait une concurrence loyale sur le marché. In fine, ce sont les consommateurs qui font les frais de la corruption. Nous n’aurons pas de pitié pour les fraudeurs au sein des institutions publiques et fiscales, puisque c’est l’un des points névralgiques de notre économie. »

Selon Mamitiana Rajaonarison, la corruption et la mauvaise gouvernance se répercutent directement sur le coût de la vie. Le gouvernement a ainsi déclaré la guerre aux sociétés écrans et aux fraudes fiscales. Dans un contexte de faibles investissements publics, l’État doit en effet s’appuyer sur le secteur privé et sur l’investissement pour soutenir l’activité économique, alors que peu de grandes entreprises parviennent encore à maintenir leur trajectoire face à la conjoncture.

Itamara Otton 

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