GOUVERNANCE ÉLECTORALE - La CENI concocte une pré-concertation

La Commission électorale nationale indépendante donne rendez-vous en mai pour une pré-concertation sur les élections. L’objectif est de partager la réalité dans l’organisation et le déroulement des processus électoraux.

Thierry Rakotonarivo, président de la CENI.

Jouer cartes sur table. Telle est l’intention de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), avec l’organisation d’une pré-concertation au sujet des élections. Le calendrier n’est pas encore précisé. Le rendez-vous est, néanmoins, prévu durant le mois de mai et devrait durer trois jours, sauf changement.

Selon les explications de Thierry Rakotonarivo, président de la CENI, lors d’un entretien téléphonique, hier, à l’instar d’autres entités comme les Forces de défense et de sécurité (FDS), qui ont tenu des pré-concertations, l’idée est de décortiquer toutes les facettes de l’élection. Ceci, afin que tous les acteurs aient le même niveau d’information et soient plus éclairés dans les débats et les prises de décision lorsque viendra l’heure de la concertation nationale.

L’administrateur civil ajoute que « ce sera l’occasion de dire ce qu’il se passe réellement dans l’organisation des élections, durant le déroulement des votes, lors du traitement des résultats, la proclamation des résultats et même durant les contentieux électoraux ». À cet effet, tous les acteurs électoraux seront invités aux débats, ajoute-t-il. « Les actuels et anciens membres de la CENI, autant au niveau central qu’à tous les niveaux de ses démembrements, ceux qui ont été membres de bureau de vote, les administrateurs civils, les magistrats, la société civile, tous seront conviés », insiste-t-il.

Le fait que les élections soient organisées par une entité indépendante a été décidé durant la Transition faisant suite à la crise politique de 2009. 

Des révélations

L’existence et le rôle de la Commission électorale nationale indépendante ont ensuite été consacrés par la Constitution de la quatrième République, qui date de 2010. Avant, l’organisation des élections relevait du ministère de l’Intérieur.

« Quatre CENI se sont succédé jusqu’ici et elles ont toujours été critiquées pour les mêmes raisons. Ce sera le moment de dire ce qu’il en est réellement. Identifier où sont les réels problèmes et les vraies failles des élections, mais aussi les acquis et les bonnes pratiques, et éventuellement des pistes de solutions. Ce sera aussi une occasion pour parler de ce qui se faisait avant, des failles et des avantages. Beaucoup disent qu’il serait judicieux de rendre l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur ; ce sera le moment de savoir ce qu’il en était réellement. Ce sera le moment d’en parler », ajoute Thierry Rakotonarivo.

Visiblement, des révélations pourraient être faites durant ces trois jours de pré-concertation que concocte la CENI. Toutefois, à l’instar de l’Assemblée nationale et de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), la Commission électorale fait partie des entités constitutionnelles pilonnées par une partie de l’opinion publique, notamment la Gen Z. Cette dernière a martelé sa revendication quant à la dissolution de ces trois entités.

Dans un contexte où la légitimité de la CENI est remise en cause, le fait qu’elle organise cette pré-concertation motive des interrogations sur ses réelles intentions. Questionné sur le sujet, le patron de la Commission électorale écarte l’éventualité que l’entité constitutionnelle se serve de cette pré-concertation afin de justifier son existence. De même quant à la probabilité que le rendez-vous puisse influencer les décisions qui seront prises durant la concertation nationale.

« Loin de nous cette idée. Notre objectif est de faire connaître la réalité des élections à travers les vécus électoraux des acteurs », soutient Thierry Rakotonarivo. Il ajoute que ces questions ont également été posées par les partenaires internationaux lorsque l’entité électorale leur a demandé leur appui pour l’organisation du rendez-vous. Des interrogations qui se seraient également posées au sein des membres de la CENI.

« Ce n’est pas parce que nous sommes critiqués qu’il faut rester les bras croisés. Si nous ne profitons pas du contexte actuel pour parler des réalités électorales, pour nous dire franchement ce qu’il en est, alors quand allons-nous décider de le faire ? Notre but est que tous les acteurs, dont la population, sachent ce qu’il en est réellement », défend Thierry Rakotonarivo.

Garry Fabrice Ranaivoson

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