À travers une exposition engagée, des artistes malgaches donneront voix aux filles-mères. Ils interrogeront une réalité sociale alarmante.
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| Un avant goût des oeuvres exposées illustrant le quotidien des jeunes mères à Madagascar. |
Derrière chaque regard capturé se cache une histoire interrompue. Du 3 au 27 mai, le Tiers Lieu Mahatazana accueillera l’exposition « Zaza mitaiza zaza », portée par la photographe Viviane Rakotoarivony, et donnera voix à une parole longtemps silencieuse. Au fil des œuvres, le visiteur sera plongé dans le quotidien bouleversé de jeunes filles devenues mères trop tôt, une réalité encore trop répandue à Madagascar où près d’un tiers des femmes auraient eu leur premier enfant avant 18 ans.
À l’origine du projet, une démarche profondément humaine et engagée. Photographe documentaire, Viviane Rakotoarivony a choisi de capter ces trajectoires de vie marquées par une rupture brutale : celle d’une enfance qui s’efface au profit de responsabilités précoces. Son regard, nourri par son expérience personnelle de mère célibataire, dépasse le simple témoignage visuel. Il s’inscrit dans une volonté claire de sensibiliser et d’ouvrir un espace de dialogue. À travers ces images, elle invitera le public à réfléchir, à questionner et à prendre conscience d’un phénomène aux conséquences durables.
L’exposition ne se limitera pas à la photographie. Lors d’une résidence de deux mois à la Fondation H, l’artiste a élargi son approche en explorant d’autres formes d’expression, notamment la peinture.
Richesse
Cette évolution donne naissance à une dynamique collective où plusieurs artistes sont conviés à réinterpréter les clichés initiaux. De cette collaboration émergera une richesse de lectures et de sensibilités, transformant chaque œuvre en une variation singulière autour d’un même sujet.
Parmi les créateurs impliqués figurent Mahefa Rasamuel, Na Hassi, Tiffany Andrianjaka, Andri Marcel, Gina Ramarosaona, Miaro Ramaherison et Anjatiana Andrianoroarivo. Ensemble, ils composeront une mosaïque artistique où les disciplines dialogueront entre elles. Chaque intervention prolongera le récit initial, apportant une profondeur supplémentaire et une diversité de regards qui renforceront l’impact du projet.
Au-delà de sa dimension esthétique, « Zaza mitaiza zaza » soulèvera des interrogations essentielles. Quelle place la société accordera-t-elle à ces jeunes mères ? Quels dispositifs existeront pour les accompagner ? Et surtout, comment prévenir ces situations qui redessinent des vies entières ? Autant de questions que l’exposition mettra en lumière sans détour, en invitant à une prise de conscience collective.
À Mahatazana, l’art deviendra ainsi un levier de réflexion et d’engagement. Une manière sensible et puissante de rappeler que derrière les chiffres, il y a des parcours, des visages et des enfances qui méritent d’être entendus.
Cassie Ramiandrasoa
