Concrétation

A-t-on besoin de dépenser de l’argent et du temps pour organiser des concertations nationales pour savoir où aller ? Lors de l’ouverture de la concertation des jeunes, on n’a guère attendu des nouveautés. Tous ceux qui ont pris la parole ont rabâché des vérités toutes crues, des réalités séculaires, des lacunes et des manques depuis la nuit des temps. 

Depuis la « révolution » de 1972, la situation n’a cessé de dégringoler. La pauvreté s’est subrepticement intégrée dans la vie de tous les jours et de la majorité des gens. Selon la Banque mondiale, 80 % de la population vivent sous le seuil de la pauvreté, soit moins de deux dollars par jour par personne. On n’était pas prêt pour la décolonisation qui était en fait un cadeau empoisonné. On n’avait pas assez de cadres, d’enseignants, de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs. On n’avait pas suffisamment d’infrastructures et on n’a rien construit par nos moyens depuis le retour de l’indépendance. Pire, depuis les années 80, on vit sous sérum et avec les conditions drastiques imposées par les bailleurs de fonds. Comme réponse à la pauvreté, les dirigeants successifs n’ont trouvé que l’assistanat, la mendicité et la charité comme solutions aux problèmes. Et quand un ancien président a annoncé qu’il faut miser sur les projets structurants au lieu de rêver des résultats immédiats, il a été sanctionné par les urnes. 

Les jeunes constituent la majorité de la population. Plus de 60% ont moins de 25 ans. On ignore quel pourcentage arrive à finir leurs études parmi les centaines de milliers de nouveaux bacheliers chaque année. Ensuite, si par hasard ils trouvent un travail, ils touchent le salaire d’un manœuvre, survie oblige. Aucune alternative n’existe alors qu’il faut multiplier les formations professionnelles pour sauver ces jeunes. En 1989, lors de la campagne présidentielle, le candidat Manandafy Rakotonirina avait estimé à deux cent mille les emplois qu’il fallait créer par an. Aujourd’hui, près de la moitié des bacheliers sont inscrits dans les universités dont l’accès se fait par concours. Et quand le ministère de l’Enseignement supérieur avait demandé au conseil des ministres, mille postes budgétaires, il y a quelques années, on lui a donné le dixième. 

Pour les autres secteurs, toutes couches sociales confondues, jeunes et vieux ensemble, on connaît les problèmes. 

Les coupures d’électricité qui détruisent l’économie, le secteur privé, la vie individuelle des gens. Comment peut-on imaginer un développement quand on sait que 36 % des Malgaches seulement sont raccordés, que la Jirama est endettée jusqu’au cou.

La santé constitue également un handicap autant pour les jeunes que pour le reste de la population. Les conditions sanitaires se détériorent d’une année à l’autre. L’État ne consacre que 7% de son budget à la santé. Un des plus bas d’Afrique. Alors que les maladies difficiles à soigner comme le cancer, l’insuffisance rénale, l’hydrocéphalie, l’accident cardiovasculaire, l’infarctus du myocarde… touchent de plus en plus de jeunes. 

Les autres fléaux qui gangrènent le pays sont la corruption, les trafics, l’état des routes, l’insécurité et touchent la plupart de la population. S’il n’y a pas une volonté délibérée de mettre fin à toutes ces calamités, ce sera un échec de plus. Il est temps de passer à la… concrétation.

Sylvain Ranjalahy 

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