La Commune urbaine d’Antananarivo mène une opération d’assainissement visant les sans-abri. Certains d’entre eux refusent de quitter les lieux.
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| Des enfants livrés à eux-mêmes dans les rues de Tanà, durant la nuit. |
Il étaiT 22 heures à Analakely, vendredi soir. Aina, son mari et leurs trois enfants en bas âge, sans domicile fixe, se préparaient enfin à dormir.
« Les agents de la CUA chargés de chasser les sans-abri des rues sont déjà passés. On peut dormir tranquillement maintenant », lance cette mère de famille, tout en installant une moustiquaire qui leur sert de protection, non seulement contre les moustiques, mais aussi contre les rats et le froid. Peu avant ce repos tant espéré, sur un matelas de fortune en carton posé sur les carreaux sous les arcades d’Analakely, ils avaient été pris dans une course-poursuite avec des agents de la CUA.
« Comme chaque nuit, depuis quelques jours, ils viennent pour nous expulser de la rue. On ne leur répond pas, sinon ils nous font monter dans leur camionnette pour nous emmener dans un centre d’accueil. Pour éviter cela, nous cachons nos affaires sous les véhicules garés à proximité, puis nous nous éloignons avant de revenir une fois qu’ils sont repartis », enchaîne-t-elle.
Cette nuit-là, près du tunnel d’Ambohidahy, Odette et sa famille, qui dorment sur le trottoir, guettaient l’arrivée des agents de la CUA. « Ils viennent vers 23 heures. Quand ils arrivent, on monte vers les escaliers, là-haut, car on ne veut pas aller dans le centre qu’ils nous proposent. Une fois qu’ils repartent, nous revenons ici. Il est impossible de dormir dans les escaliers, car il y a beaucoup de rats», indique cette mère de famille.
Promiscuité
Ces familles déclinent l’offre de la CUA de dormir dans un centre d’accueil qui, pourtant, leur proposerait plus de sécurité et de confort que la rue. « Ce qui nous pose problème dans les centres, c’est que nous y sommes très nombreux et que nous vivons en promiscuité, dans le désordre », lance Odette, qui raconte y avoir déjà vécu pendant l’épidémie de Covid-19. Aina, pour sa part, dénonce les vols commis par certains bénéficiaires. « Lorsque nous quittons les lieux dans la journée pour aller travailler, et que nous laissons nos affaires sur place, il arrive que certaines disparaissent », témoigne-t-elle.
D’après une source auprès de la CUA, les dons ponctuels de nourriture effectués par des philanthropes incitent les sans-abri à rester dans la rue. Un jeune homme qui travaille comme gardien de parking dans le centre-ville remarque effectivement que le nombre de sans domicile fixe dormant sous le tunnel d’Ambohidahy augmente pendant les périodes où il y a beaucoup de donations, comme lors du ramadan ou des fêtes pascales. « Nous allons recenser les donateurs et les inciter à remettre leurs donations dans les centres d’accueil pour encourager les sans-abri à s’y rendre », indique la source.
À en croire nos échanges avec ces sans domicile fixe, ce n’est pas l’envie de quitter la rue qui leur manque. « Mon souhait est d’obtenir un fonds pour lancer un petit commerce et pouvoir ensuite louer un logement », confie une jeune fille de 18 ans, qui vit dans la rue avec sa fratrie, sans leurs parents.
« Je souhaite trouver un emploi, comme femme de ménage, et ne plus dépendre de la mendicité pour sortir de la pauvreté», témoigne Odette, qui vit dans la rue depuis plusieurs années.
Depuis l’opération d’assainissement menée par la CUA, l’effectif des personnes hébergées dans les centres d’accueil aurait augmenté. « Il est passé de 150 à 180 actuellement au Madcap Isotry. À Anosizato, ils sont au nombre de 147 », poursuit la source. Les deux tunnels sont désormais presque déserts la nuit. La CUA envisagerait la mise en place d’un hangar pour accueillir davantage de sans-abri.
Miangaly Ralitera
