Une adolescente malvoyante a été violée à plusieurs reprises par un pasteur, selon les éléments examinés hier par la Cour criminelle. L’accusé a été condamné à sept ans de travaux forcés.
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| Des personnes franchissent la grande porte du tribunal d’Anosy où s’est déroulé le procès, hier. |
Une audience de la Cour criminelle ordinaire s’est tenue hier à Anosy. Elle portait sur les faits reprochés à un prédicateur accusé de viol sur une adolescente malvoyante de 17 ans. L’homme, placé en détention provisoire à la maison de force de Tsiafahy depuis juin 2025, a été condamné à sept ans de travaux forcés. Appelé à comparaître devant la juge et les assesseurs, l’accusé, vêtu d’un polo blanc, a assisté à la lecture du dossier par la greffière.
Veuf et père de neuf enfants, il réside à Manazary, dans le district de Miarinarivo. Son lieu de culte se trouve à proximité de son domicile. L’une de ses filles, mariée à un gardien, vit dans le même quartier que la victime, à Antananarivo. Selon les éléments rapportés à l’audience, le couple avait assuré à la famille que le pasteur pouvait lui rendre la vue.
La victime avait perdu la vue plusieurs années auparavant. Alors qu’elle était en classe de sixième, elle avait ressenti de fortes douleurs aux yeux en rentrant de l’école. Ses camarades avaient remarqué qu’ils étaient devenus très rouges. Malgré des soins dispensés à l’hôpital, elle avait fini par perdre la vue, selon le récit de son père figurant dans la procédure.
Lorsque la famille apprend que le pasteur pourrait la guérir, celui-ci se rend à Antananarivo pour s’entretenir avec les parents. Il leur affirme qu’il peut soigner leur fille, mais qu’il doit l’emmener à Manazary, dans un « toby », lieu de prière.
Le pire s’est produit
En mars 2025, les parents acceptent qu’elle parte avec lui. Ils leur remettent, selon le dossier, 30 kilos de riz et 50 000 ariary, puis envoient plus tard 30 000 ariary supplémentaires. À son arrivée à Manazary, une autre fille du pasteur accompagne d’abord la victime, avant de partir quelques jours plus tard vivre chez son mari. Restent alors dans la maison le pasteur, son fils cadet de 10 ans, sa petite-fille et la jeune femme. Cette dernière dormait à l’étage avec la petite-fille du pasteur.
La victime a expliqué avoir été conduite une seule fois au toby, où ses yeux avaient été lavés. Elle devait ensuite s’y rendre chaque mercredi, mais le pasteur ne l’y aurait plus emmenée. Il se serait contenté de lui rincer les yeux au village. Un mois après son arrivée à Manazary, selon ses déclarations, il l’aurait violée dans un champ en lui faisant croire qu’elle pourrait retrouver la vue. Les agressions se seraient ensuite poursuivies durant son séjour à Manazary, qui a duré environ deux mois.
La petite-fille du pasteur a ensuite envoyé un SMS aux parents de la victime pour leur signaler qu’un problème se posait et que les soins ne se déroulaient pas normalement. Le pasteur a finalement ramené la jeune fille à sa famille en juin 2025. C’est à ce moment-là, selon le dossier, qu’elle a relaté les faits à ses parents. Le lendemain, ceux-ci ont convoqué le pasteur. Interrogé par le père, l’homme se serait agenouillé, aurait reconnu les faits et demandé pardon.
Des examens médicaux ont par la suite établi que la patiente avait eu plusieurs rapports sexuels. Devant la cour, l’accusé a contesté les accusations. À la question de la présidente d’audience sur ses aveux antérieurs devant le père de la victime, il a répondu : « J’ai avoué sous la contrainte.» Il a ensuite mis en cause un évangéliste, également ouvrier briquetier, qui aurait séjourné chez lui pendant une semaine. Selon sa version, cet homme aurait courtisé la victime et elle aurait voulu partir avec lui.
Mais, selon les éléments du dossier lus à l’audience, le pasteur aurait lui-même confié à cet évangéliste qu’il avait violé la jeune femme. C’est, toujours selon le dossier, la raison pour laquelle cet homme aurait voulu l’emmener.
L’avocat commis d’office de l’accusé a demandé l’acquittement au bénéfice du doute. « Dans cette affaire, je reconnais être quelque peu désemparé. Toutefois, nous estimons qu’il existe une part de bonne foi chez le pasteur, puisqu’il a ramené la jeune femme à ses parents. S’il l’avait réellement violée, il ne l’aurait sans doute pas fait. Il subsiste donc un doute. Je sollicite son acquittement au bénéfice du doute », a-t-il plaidé.
Les parents de la victime, comme la victime elle-même, étaient absents au procès. À l’issue de l’audience, l’accusé a été condamné à sept ans de travaux forcés.
Gustave Mparany
