Refondation du gouvernement 

On le chuchotait depuis quelques jours. Son nom était sur toutes les lèvres, mais noyer le poisson et laisser libre cours aux spéculations, d’autres candidats, aussi invraisemblables les uns que les autres, étaient consultés, sinon avancés.

Pour le premier chef de gouvernement de son régime, le chef d’État s’est plutôt soumis à un choix « démocratique», dont le profil d’entrepreneur et les préjugés autour de sa fréquentation lui ont valu beaucoup de critiques. Ainsi, malgré quelques résultats palpables, leur cohabitation ne pouvait pas durer face aux pressions de plus en plus fortes venant de toutes parts.

Cette fois, « le choix » de la majorité parlementaire s’est porté au Directeur du Service de renseignement financier ( Samifin), désigné en 2021 et reconduit cette année pour un nouveau mandat de quatre ans. Mais il doit donc déménager de Lohanosy, Ambohijanaka, pour emménager à Mahazoarivo. 

 Le choix des parlementaires a donc coïncidé avec le profil recherché par le colonel Michaël Randrianirina. Le nouveau Premier ministre est un ancien officier de la gendarmerie, reconverti en administrateur civil. Il a donc deux facettes: la maîtrise de la loi (zandary sy lalàna) et l’expertise appropriée de l’administration civile.

Lors de la présentation du dernier bilan du Samifin, il y a quelques semaines, il a révélé que certaines lois seront changées pour que la lutte contre la corruption soit efficace. Il avait même affirmé que les gros poissons ne sont guère inquiétés. Désormais, en tant que chef du gouvernement, il a plus de marge de manœuvre pour atteindre l’un des objectifs réclamés par les jeunes lors des manifestations de l’année dernière, dont le nouveau Premier ministre était l’un des acteurs.

Les deux hommes se connaissent bien pour avoir fait partie de la 23ᵉ promotion de l’Académie militaire d’Antsirabe. Et bien que leur chemin ait pris des directions différentes, ils sont restés très proches. Le colonel Michaël Randrianirina n’a pas caché son admiration pour son nouveau binôme à l’Exécutif, en révélant quelques anecdotes concernant sa personnalité et sa droiture.

 Il ne devrait donc plus y avoir un Exécutif bicéphale. 

La passation entre lui et son prédécesseur devrait avoir lieu ce jour à Mahazoarivo, et la formation du nouveau gouvernement s’enchaînera cette semaine. Il faut faire vite, étant donné qu’il va falloir changer les staffs dans les ministères, revoir les organigrammes ou, pourquoi pas, changer complètement le profil du gouvernement. C’est du moins le sens de la Refondation. On n’est pas obligé de garder ni le nombre de départements, ni la « raison sociale» d’un ministère. On retrouve depuis un quart de siècle les mêmes ministères avec les mêmes résultats. À quoi bon maintenir des ministères dont le budget équivaut à des cacahuètes ? Autant mettre le paquet dans les ministères sociaux comme l’éducation, l’énergie, la santé, la sécurité, la recherche… Qui trop embrasse mal étreint, et le cas de le dire. La représentation régionale, politique et ethnique ne doit plus être le critère de base du gouvernement.

En 1972, avec un cabinet de dix ministres, le gouvernement du Général Ramanantsoa marchait tant bien que mal. C’était moins de V8, de Lexus… à acheter, moins de carburants utilisés, moins de sirène dans les embouteillages. Il n’en faut pas beaucoup pour que la Refondation soit une réalité quotidienne, visible et palpable.

Sylvain Ranjalahy 

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