Sacrifice et sacrilège

Est-ce que quelqu’un a un titre de propriété du palais de Manjakamiadana ? Il a retrouvé son nom originel selon une décision du tribunal annoncée hier, qui ordonne, par la même occasion, la destruction du Colisée construit à l’intérieur du palais de la reine au temps de Rajoelina. L’argument des descendants de la famille royale a trait à un soi-disant sacrilège de ce patrimoine. Tous ceux qui prétendent être des protecteurs du patrimoine ont d’ailleurs levé les boucliers quand ils ont découvert le Colisée trônant là où se trouvait le Lapa Masoandro.

Que le Colisée soit détruit, cela ne changera pas grand-chose à l’histoire. Sa construction n’est pas aussi insultante que l’incendie dont le palais a été victime en novembre 1995. Jusqu’à maintenant, on ignore si l’incendie était criminel ou pas, mais il est difficile d’imaginer qu’un feu puisse s’allumer tout seul dans une bâtisse séculaire qui n’a jamais été en proie à un incendie quand elle était en bois. Des noms de politiciens ont été susurrés à l’époque, sans que ces derniers n’aient jamais été inquiétés.

Pendant plusieurs années, ces descendants de la famille royale ont laissé l’édifice sombrer dans l’oubli et la désagrégation, petit à petit. Il a fallu un coup de fouet de Marc Ravalomanana, qui a organisé un téléthon national, pour que Manjakamiadana renaisse de ses cendres. La crise de 2009 a stoppé net la reconstruction. Le palais a donc presque tout perdu dans cet incendie. Sa sacralité, déjà souillée par des faits répréhensibles pendant la colonisation, a été définitivement consommée.

 Depuis la fin de la royauté et après le retour de l’indépendance, le palais de la reine est qualifié de patrimoine national qui appartient à tous les Malgaches. On aurait dû demander l’avis d’une large opinion pour sa démolition, au lieu de recourir à une simple décision de justice suite à une plainte déposée par une assemblée composée de descendants des rois. On se demande si on est une République ou si on redevient un royaume.

C’est bizarre que ce soit à la justice de statuer sur un contentieux moral et historique. On aurait cru à un litige foncier concernant une construction illicite sur un terrain titré et borné.

 Dans tous les cas, il y a mieux à faire actuellement. Il y a des urgences et des priorités plus importantes que la démolition du Colisée ou la débaptisation du stade Barea. Si ce n’est pas une diversion, ça y ressemble. Il aurait été plus simple de dévier le trajet de Gezani pour souffler le Colisée. Les razana auraient pu le faire.

Maintenant, il va falloir trouver une entreprise et des sous pour cette opération. Autant tout était opaque dans sa construction, autant sa démolition risque de se faire sans bruit.

Sylvain Ranjalahy 

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