MARCHÉS PUBLICS - Chamboulement au sein du conseil d’administration de l’ARMP

Le Conseil d’administration de l’ARMP a été réorganisé pour renforcer la gouvernance des marchés publics à Madagascar. Cette décision fait suite à l’audit du barrage hydro-agricole de Tongoloina.

Le barrage de Tongoloina.

Annoncée lors du conseil des ministres du 5 février, la réorganisation du Conseil d’administration de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) marque une nouvelle étape dans le renforcement de la gouvernance de la commande publique à Madagascar. Le ministère de l’Économie et des Finances a officialisé cette décision par un décret modifiant et complétant le décret n°2023-189 du 3 mars 2023, déjà amendé par le décret n°2025-815 du 30 juillet 2025, portant nomination des membres du Conseil d’administration de l’ARMP.

Cette décision intervient dans un climat où les marchés publics sont de plus en plus scrutés par l’opinion publique. Pour de nombreux citoyens, certaines situations sont devenues presque habituelles, à l’image des routes en piteux état, réparées année après année, sans amélioration durable. Une réalité qui alimente les interrogations sur la qualité des travaux réalisés, le suivi des marchés et l’utilisation effective des fonds publics.

Placée sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances, l’ARMP a pour mission de garantir « la transparence, l’égalité de traitement et la bonne utilisation des ressources publiques ». Pourtant, les chiffres officiels révèlent encore des fragilités. En 2023, sur 366 dossiers examinés par la Commission nationale des marchés, 34,06 % ont été attribués de gré à gré, tandis que 54,51 % concernaient des marchés restreints internationaux, des procédures souvent pointées comme plus exposées aux risques d’irrégularités.

 Des enjeux de contrôle

La recomposition du Conseil d’administration de l’ARMP prend une résonance particulière à la lumière de l’actualité récente, notamment l’audit lancé sur le barrage hydro-agricole de Tongoloina. À la suite des fortes pluies ayant endommagé l’ouvrage, le ministère a rappelé « l’exigence d’un constat technique rigoureux, documenté et fondé sur des faits vérifiés ».

Attribué en 2022 pour un montant de 1,65 milliard d’ariary, et annoncé comme achevé en 2024, ce marché fait désormais l’objet d’une vérification approfondie des procédures de passation et d’exécution, conduite par l’ARMP. Le message est clair : « il n’y aura aucune tolérance en cas de manquements ou de non-respect des règles ».

Pour les autorités, le cas de Tongoloina illustre l’impératif de garantir que « les infrastructures financées par l’argent public répondent aux normes de qualité, de sécurité et de durabilité ». Le ministère réaffirme ainsi une ligne de conduite fondée sur la traçabilité de la dépense publique, un contrôle strict de l’exécution des marchés et des procédures de réception rigoureuses.

Par cette recomposition, l’État entend renforcer le dispositif de régulation de l’ARMP et affirmer un principe sans équivoque: tolérance zéro face aux dérives dans la commande publique.

Irina Tsimijaly

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