HAJARIVOLA RASOLDIER - « Les retombées fiscales ou sociales des investissements ne sont pas maximisées »

Madagascar attire de plus en plus l’attention des investisseurs étrangers. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Début de réponses d’un négociateur international.


Madagascar reste vulnérable lorsqu’il s’agit de négociations internationales. Pourquoi ?

- Les causes sont multiples. Le pays ne dispose pas toujours d’indicateurs fiables de liberté économique et d’innovation, ce qui réduit sa capacité à négocier des accords solides. Il manque parfois d’équipes spécialisées capables de contrer les cabinets internationaux ou les multinationales lors de négociations complexes. La corruption et le manque de transparence restent un lourd handicap. Enfin, la bureaucratie lourde, des infrastructures inadéquates et un droit foncier complexe compliquent également les négociations.

Qui négocie les contrats d’investissement ?

- L’EDBM prépare, coordonne et représente souvent l’État, mais la décision finale revient au gouvernement.

Les contrats signés nous sont-ils favorables ou perdons-nous au change ?

- Certains contrats ont généré des emplois et des investissements réels. Exemple: le projet minier Ambatovy représente 85 % d’emplois locaux dans la mine et plus de 70 % des exportations minières. Cependant, de nombreux contrats offrent de longues exonérations fiscales et douanières qui coûtent des recettes à l’État. Certains investissements apportent des bénéfices, mais les retombées fiscales et sociales ne sont pas toujours maximisées pour Madagascar.

Quelle est la principale différence entre les accords avec les bailleurs et ceux avec les investisseurs privés ?

- Les accords avec le FMI ou la Banque mondiale concernent des prêts ou financements publics, liés à des conditions macroéconomiques. Les IDE (investissements directs étrangers) représentent du capital privé investi dans des projets productifs, avec un objectif de profit. Les bailleurs peuvent parfois effacer les dettes, tandis que le capital privé cherche toujours à récupérer son investissement, coûte que coûte.

Les conditions imposées par les bailleurs sont-elles plus dures que celles des investisseurs privés ?

- Elles ne sont pas « dures», elles sont simplement différentes : pour le FMI et la Banque mondiale, les conditions sont orientées vers des réformes macroéconomiques (ajustement budgétaire, rationalisation des subventions, transparence fiscale, amélioration du climat des affaires). Ils ne donnent pas de propriété ni d’avantages commerciaux directs aux prêteurs.

L’État contrôle-t-il vraiment le respect des engagements des investisseurs ?

- L’EDBM et les ministères concernés suivent l’application des contrats. Cependant, le manque de moyens techniques, humains et financiers limite l’efficacité du contrôle dans beaucoup de secteurs, notamment le secteur minier. Dans certains cas, l’État ne dispose pas d’une force juridique suffisante pour sanctionner rapidement les manquements, comme l’exploitation illégale de l’or ou des pierres précieuses

 Irina Tsimijaly

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