Un homme sans nationalité est un apatride. Mais comment qualifie-t-on un enfant né sans état civil ? Un extra-terrestre, un sous-homme, un homme sans visage, un enfant de mère inconnu ? Hélas, c’est une triste réalité. Des milliers d’enfants naissent n’importe où, hors des centres de santé, des hôpitaux ou des maternités, aussi bien à Antananarivo qu’ailleurs. En principe, ce sont des individus qui n’ont aucun droit faute de pouvoir présenter des documents d’existence. Ils ne peuvent pas aller à l’école, jouir des droits élémentaires définis par les Nations unies et voter.
D’une année à l’autre, la situation empire, étant donné que les naissances vont plus vite que le nombre de centres de santé, de maternités, de sages-femmes et surtout d’officiers de l’état civil.
En termes de services de santé et administratifs, on a reculé de plusieurs décades par rapport à la première République. Aujourd’hui, dans certaines régions, les parturientes sont transportées en « filanzane » pour rejoindre une maternité qui se trouve à des dizaines de kilomètres et où la route est impraticable, comme c’est le cas de presque toutes les voies de communication, y compris les Routes nationales.
Comment peut-on avoir un nombre exact de la population dans ces conditions ? Même pour le recensement électoral, ll y a des endroits où les agents recenseurs n’ont jamais mis les pieds. Il est ainsi difficile d’avoir un nombre d’électeurs avec un minimum de marge d’erreur, une liste électorale fiable et des résultats proches de la réalité.
Il ne suffit pas de créer une commission électorale nationale indépendante, qui n’a jamais été ni indépendante, ni impartiale ; il faut que l’environnement électoral soit parfait.
L’objet de l’opération Izaho Tokana, un enrôlement biométrique de la population, a pour objectif de rectifier toutes ces anomalies, voulues ou délibérées, pour pouvoir trafiquer les résultats. Le recensement de la population et celui des électeurs doit aller de pair. Il fut un moment où, dans certains districts et régions, le nombre d’électeurs était supérieur au nombre de la population. On a assisté à une hausse de 30 % du nombre d’électeurs entre deux scrutins.
Avec l’enrôlement biométrique, il ne devrait plus y avoir de doublons. Du moins si tout va bien et que cela ne finit pas en queue de poisson, comme le grand projet financé par la Banque mondiale, mais dont les résultats laissent à désirer, pour ne citer que les cartes d’étudiants.
L’opération Izaho Tokana devrait aboutir à un État civilisé où les listes électorales et les résultats des élections ne font plus l’objet de vives contestations, où les dates des élections sont immuables et ne dépendent pas du hasard du calendrier ou de l’inclinaison du soleil.
Sylvain Ranjalahy