Documentaire

La géographie situe Madagascar dans une zone traversée de tous temps par les cyclones et dépressions tropicales. Ci-dessous, à titre de curiosités, une rapide documentation qui n’a rien à voir avec de prétendues malédictions, de mystérieux vintana-lahatra-anjara, d’hypothétiques zodiaques et que-sais-je-encore de «zava-miafina», mais des observations méticuleuses, des relevés scientifiques minutieux, une longue compilation fastidieuse de données sur plusieurs décennies, pour dégager enfin une hypothèse humble que mettra à mal la première «aberration» météorologique. Rien que de très «physique» également dans une «Influence du soleil et de la lune sur le baromètre à Madagascar» (R.P. Élie Colin, Bulletin de l’Académie malgache, n.s., t.1, 1914, pp.83-98, fig.). 

Le jésuite Élie Colin a, par exemple, documenté le cyclone du 1er au 7 avril 1905 : le cyclone aborde Madagascar par Antalaha, le 1er avril ; il passe au plus près de Nosy-Be le 2 avril à 7 heures du matin; son centre passe par Marovoay le 3 avril ; il sort dans le Canal de Mozambique le 5 avril ; il aborde de nouveau Madagascar en suivant la vallée du Mangoky, le 6 avril ; il traverse le sud d’Ihosy à 7 heures du matin, le 7 avril ; en se dirigeant vers Fort-Dauphin, il perd rapidement de son énergie: pendant sept jours consécutifs, le cyclone aura parcouru 1740 kilomètres à travers l’île (Bulletin de l’Académie malgache, a.s., vol.4, 1905-1906, pp. 57-65).

Le géographe Gérald Donque rapporte un «record» : celui de la longévité du cyclone «Georgette» qui a évolué pendant 24 jours (du 10 janvier au 2 février 1967), traversant le Nord de Madagascar, l’Ouest du Mozambique, le Canal du Mozambique, le Sud de Madagascar (Revue de géographie, Université de Madagascar, n°15, juillet-décembre 1969).

La même Revue de géographie (n°43, juillet-décembre 1983) détaille la saison cyclonique 1983-1984 qui correspondait au passage du cyclone Kamisy, de sinistre mémoire. Les noms des perturbations ayant intéressé Madagascar: «Andry» (cyclone, 5 au 14 décembre 1983), «Caboto» (dépression tropicale, 5 au 10 janvier 1984), «Domoina» (cyclone, 18 janvier au 2 février 1984), «Galy» (dépression tropicale, 29 janvier au 4 février 1984), «Imboa» (dépression tropicale, 11 au 21 février 1984), «Kamisy» (cyclone, 3 au 16 avril 1984). Plus globalement dans l’Océan Indien, mais sans impact sur Madagascar, il y eut également «Bakoly» (cyclone, 19 au 31 décembre 1983), «Edoara» (dépression tropicale, 21 au 26 janvier 1984), «Fanja» (dépression tropicale, 27 au 30 janvier 1984), «Haja» (dépression tropicale, 7 au 21 février 1984), «Jamimy» (cyclone, 16 au 24 février 1984).

Concernant plus particulièrement le cyclone «Kamisy» : la photo satellite du 8 avril 1984 «révèle un oeil bien circulaire, d’un cyclone tropical intense au maximum de sa force, intensité T6 ; au moment de son passage, dans la nuit du 8 au 9 avril, Kamisy a donné à Diégo-Suarez, une pression minimale de 970 mb ,des pointes de vent supérieures à 250 km/h dans les rafales qui ont provoqué des dégâts importants : ville détruite à 80%, 5 personnes tuées et 39.000 sans abri ; à Majunga, le 12 avril, les dégâts dus aux vents (rafales de 250 km/h) et des chutes de pluie énormes (232,2 mm en 24 heures) ont entraîné une quinzaine de morts, de nombreux disparus, des milliers de sans abri». 

En une sorte de conclusion provisoire qui tente de dégager une première typologie, cet article de Jean Célérier et André Cholley : «Les cyclones de Madagascar», in Annales de Géographie, t.38, n°213, 1929, pp.295-296. 

L’Observatoire de Tananarive date de 1889, mais ses moyens d’investigation ont été renforcés en 1901 par Gallieni. On dispose donc à présent de quarante années d’observations pour Madagascar, faites sous la direction du Père Colin, fondateur de l’Observatoire, et depuis 1923 de son successeur le Père Poisson.

De 1889 à 1929, le nombre des cyclones observés à Madagascar est de 95, dont 52 violents. Les météores ont affecté la zone comprise entre 10° et 30° latitude Sud et entre la côte orientale d’Afrique et 52° longitude Est. 

À suivre

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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