ANTSIRANANA - Le projet d’aire marine protégée à Ramena contestée

La tension monte et le bras de fer est engagé dans la commune rurale de Ramena concernant la mise en place des aires marines protégées dans la baie de Diego-Suarez.

Les villageois de Ramena se sont rendu à la plage pour manifester leur opposition au projet.

Certes, le récent Conseil des ministres a adopté un arrêté portant création temporaire des aires marines protégées de catégorie V, dans la région de Diana, pour une durée de deux ans. Ce, suite à la soumission de l’ONG Mada (Monde au Développement Adapté), gestionnaire de deux projets, à savoir la baie de Diego-Suarez et la mer d’Émeraude, notamment les seules parmi les vingt et une demandées à travers Madagascar. Cependant, les populations de la plage mythique de Ramena estiment que cette décision menace directement leurs moyens de subsistance. Dès les consultations préliminaires, un soutien à la contestation s’était déjà manifesté. Le projet a cristallisé une colère profonde contre une gouvernance jugée déconnectée des réalités locales.

Leur principale crainte est la fermeture de la pêche une fois l’aire marine instaurée, ce qui limiterait leur liberté d’exercer leur activité. Or, la pêche constitue leur unique source de revenus depuis toujours. Ainsi, les pêcheurs accusent les promoteurs d’imposer des restrictions qui menacent directement leur survie.

À Ramena, on peut donc dire que la mer divise les communautés. Une grande partie accuse les décideurs d’imposer un projet sans écouter ceux qui vivent de la pêche depuis des générations. Ils voient un risque d’exclusion et de précarisation.

Divergences

« Avant toutes choses, il aurait dû y avoir des discussions, des orientations claires ou même un appui matériel. La forêt nous est déjà interdite d’accès ; il ne nous reste que la mer pour survivre. Nous demandons donc qu’une réflexion approfondie soit menée, car ce projet engage la vie de nombreuses personnes », a déclaré le représentant des manifestants.

De son côté, l’ONG Mada affirme avoir conduit un vaste processus de sensibilisation, de formation et d’éducation environnementale autour de la gestion durable des ressources marines. Pourtant, à peine ces actions engagées, l’organisation dit avoir été confrontée à une vague d’opposition virulente, allant jusqu’au refoulement de ses équipes sur le terrain.

Selon ses responsables, cette réaction serait alimentée par des intérêts particuliers liés à l’exploitation de la « chaîne de plage », une pratique jugée destructrice pour les écosystèmes marins. Dans ce contexte tendu, de fausses informations auraient été volontairement propagées auprès des pêcheurs et des riverains, empêchant les acteurs habilités d’apporter des éclaircissements et de rétablir la vérité des faits.

Le promoteur tient d’ailleurs à préciser que les pêcheurs traditionnels ne sont pas les principaux utilisateurs de cette technique controversée, laquelle devrait impérativement être abandonnée au regard des dégâts écologiques qu’elle engendre.

À l’annonce de la publication de l’arrêté officialisant le dispositif, les contestataires se sont de nouveau mobilisés, redoutant un renforcement du suivi et des contrôles. Ils se sont donné rendez-vous sur la plage mythique de Ramena pour manifester leur opposition. Une mobilisation rapidement relayée par certaines radios et télévisions locales, ainsi que sur les réseaux sociaux, notamment Facebook.

Le Professeur Amélie Landisoambola, présidente de l’ONG Mada, a souligné que malgré leur silence face aux attaques, cela ne les empêche nullement de privilégier le dialogue. Les discussions se poursuivent d’ailleurs avec les associations de pêcheurs, notamment lors d’une rencontre prévue ce dimanche après-midi à Ramena, car, rappelle-t-elle, « seuls ceux qui protègent et préservent méritent d’être soutenus ».

Raheriniaina

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