LUTTE CONTRE LA CORRUPTION - La Grande île recule dans le classement IPC

Madagascar perd un point dans l’Indice de perception de la corruption 2025, avec un score de 125/100. Ce qui vaut à la Grande île de se classer à la 148e place des pays notés, soit un recul de huit places par rapport à l’IPC 2024.

Mialisoa Randriamampianina, directrice exécutive de TI-IM, lors de la présentation des notes de Madagascar à l’IPC.

Une régression. Tel est le constat qui découle du score et du classement de Madagascar dans l’Indice de perception de la corruption 2025 (IPC 2025). La Grande île perd en effet un point et recule de huit places par rapport à l’IPC 2024, avec un score de 125/100, et recule à la 148e place sur les cent-quatre-vingt-deux pays et territoires évalués selon les chiffres publiés.

Porté par l’organisation Transparency International, l’IPC est l’indicateur mondial de référence quant à la perception de la corruption dans le secteur public. La publication des scores de chaque pays évalué est devenue un rendez-vous incontournable de chaque début février. Les évaluations et notations sont faites par des cabinets d’experts. Les scores sont établis à partir de la combinaison de treize index. L’IPC 2025 concerne les évaluations faites sur l’année 2024.

« Depuis plusieurs années, Madagascar patine sur le plan de l’intégrité. Pourtant, la refondation de l’État que nous sommes censés vivre actuellement et qui est souvent rappelée dans les discours publics ne peut être une réalité sans une lutte résolue, cohérente et durable contre la corruption », regrette Dominique Rakotomalala, président du conseil d’administration de Transparency International - Initiative Madagascar (TI-IM), durant la présentation des notes de la Grande île, hier, à l’hôtel Panorama, à Andrainarivo.

Dominique Rakotomalala ajoute que « la corruption n’est pas seulement un problème de gouvernance. C’est un obstacle direct au développement, à la justice sociale et à la confiance citoyenne ». Faisant référence aux manifestations de septembre et octobre, il ajoute que la persistance de la corruption et ses effets néfastes sur le bien-être de la population « peuvent mener à la révolte ».

Selon Transparency International - Initiative Madagascar, l’IPC 2025 met en évidence l’importance de l’intégrité politique, de la protection de l’espace civique et de la liberté des médias dans la lutte contre la corruption. Mialisoa Randriamampianina, directrice exécutive de TI-IM, explique ainsi que l’indice démocratie, ou «Varieties of Democracy» (V-Dem), a plombé le score de la Grande île. Elle affirme que, ces trois dernières années, « Madagascar a perdu un point chaque année sur l’indice V-Dem ».

Autocratie électorale

Le V-Dem est un indice publié par un centre de recherche suédois de référence mondiale, en matière de démocratie. Dans les données du V-Dem, la Grande île est considérée comme « une autocratie électorale, un pays en voie d’autocratisation ». Selon Mialisoa Randriamampianina, « cela veut dire qu’il y a des élections, mais qu’il n’y a pas de démocratie ». Elle ajoute qu’en 2025, le V-Dem  a inscrit Madagascar dans la liste « des sept pays » sous surveillance en termes de pays à tendance autocratique.

« L’IPC constitue un outil d’alerte fondé sur des perceptions d’experts et ne saurait être assimilé à un jugement exhaustif. Toutefois, ce résultat met clairement en lumière la persistance de défis structurels majeurs en matière de bonne gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption », réagit Tsiry Razafimandimby, secrétaire exécutif du Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI), sur son compte LinkedIn.

Le CSI étant l’entité garante de l’indépendance opérationnelle des organes du système anti-corruption (SAC), ainsi que de leur coordination et du suivi-évaluation de leurs actions. Toujours dans sa réaction suite à la publication du score IPC de Madagascar, Tsiry Razafimandimby ajoute : « l’enjeu essentiel ne réside ni dans le score ni dans le classement, mais dans notre capacité à répondre collectivement de manière responsable aux signaux identifiés, en évitant aussi bien le déni que l’inaction (...) ».

Un des points de critique de l’IPC est, toutefois, qu’au moment de la publication des notes et du classement des pays, des critères d’évaluation peuvent avoir été dépassés par les événements. S’agissant de Madagascar, la vie de la nation a été bouleversée l’année dernière avec le changement de pouvoir suite aux manifestations de septembre et octobre. Il y a aussi l’adoption d’une nouvelle Stratégie nationale de lutte contre la corruption (SNLCC), sur la période 2025-2030.

Les nouveaux tenants du pouvoir ont martelé leur volonté de lutter contre la corruption. La nouvelle SNLCC veut également donner un nouveau souffle à la lutte contre ce fléau en misant sur des réformes pouvant lever ou contourner les obstacles à la répression et ainsi mettre fin à l’impunité.

Toutefois, comme le note Dominique Rakotomalala, « la confiance publique ne se décrète pas ». Il ajoute par ailleurs que « les progrès en matière de lutte contre la corruption ne se mesurent pas seulement par les textes adoptés ou bien les institutions créées, mais surtout par le respect des engagements pris ».

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. Mali, Niger, Burkina , ... les militaires au pouvoir, la corruption sera toujours là, n'en déplaise à certains !!!!

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