ACCORD COMMERCIAL - L’Agoa prolongée jusqu’à fin 2026

La prolongation de l’Agoa jusqu’à fin 2026 offre un répit aux exportateurs africains. Elle n’efface toutefois pas les incertitudes.

Donald Trump a signé le décret prolongeant l’Agoa jusqu’à la fin de l’année en cours.

Prolongée in extremis jusqu’au 31 décembre 2026, l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) offre un répit aux pays africains exportateurs vers les États-Unis, en particulier dans le secteur textile. Si la reconduction rétroactive de l’accord soulage les entreprises, elle ne dissipe pas les incertitudes sur la compétitivité, la visibilité des commandes et l’avenir du partenariat commercial.

Une prolongation arrachée de justesse qui évite le pire. La décision était attendue avec fébrilité. Le 3 février 2026, le président américain Donald Trump a signé la loi prolongeant l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) jusqu’au 31 décembre 2026, quelques heures après l’adoption in extremis d’une loi budgétaire de 1 200 milliards de dollars par le Congrès. Une signature qui met fin à l’incertitude née de l’expiration de l’accord, le 30 septembre 2025, et qui s’accompagne d’un effet rétroactif à cette date.

Pour les pays africains bénéficiaires, et en particulier pour les industries textiles, cette prolongation évite une rupture brutale. « C’est mieux que rien », résume Herilanto Rakotoarisoa, président du Groupement des Entreprises Franches et Partenaires (GEFP). « Le point positif, c’est le caractère rétroactif de la mesure, donc remboursable, puisque certaines entreprises avaient déjà payé la surtaxe. »

Grâce à cette reconduction, les entreprises ayant conservé des commandes peuvent poursuivre leur activité, tandis que certaines, contraintes de licencier, espèrent désormais renégocier avec leurs clients. « Pour la préparation de la campagne 2026, celles qui avaient encore des commandes peuvent continuer à travailler », souligne-t-il, tout en rappelant que la fenêtre reste étroite : « La campagne textile est courte, il faudra encore se battre dur l’année prochaine. »

Un soulagement fragile

Si la prolongation de l’Agoa offre un répit, elle ne dissipe pas toutes les inquiétudes. La compétitivité reste fragile, d’autant plus que, sur le terrain, la majorité des commandes pour cette année a déjà été orientée vers l’Égypte, laissant peu de place aux entreprises franches africaines. 

« Nous étions compétitifs grâce à l’Agoa. Le renouvellement est acquis, mais il faut d’abord annuler cette surtaxe», insiste Herilanto Rakotoarisoa, rappelant que le lobbying se poursuit pour obtenir de la visibilité. « Il faut aussi prévoir un plan B. »

Du côté des entreprises, la prudence domine. « C’est déjà ça, c’est la décision du président », réagit Zoé Rakotonimbahy, de la société Kaliana. « Nous avons fait de notre mieux à travers les combats et le lobbying, mais nous devons aussi chercher d’autres marchés et envisager une reconversion vers d’autres activités. »

La question du remboursement des surtaxes reste floue. « On ne connaît pas encore la procédure concernant le caractère rétroactif. Logiquement, c’est l’importateur qui devrait en bénéficier, puisqu’il a payé la taxe», explique-t-elle. Chez Kaliana, l’impact s’est surtout fait sentir sur les prix, plutôt que sur l’emploi. « Nous n’avons pas réduit le nombre d’employés, mais les prix ont baissé. Les commandes pour le marché américain devraient sortir au mois de mars. »

En attendant, l’Agoa demeure un pilier des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique, mais aussi un instrument politique. Sa prolongation jusqu’en 2026 rassure à court terme, sans lever les incertitudes sur l’après-Agoa, dans un contexte international toujours plus instable.

Irina Tsimijaly

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