Une armée de bras cassés

Les nominations aux hauts emplois de l’État continue à n’en plus finir. C’est d’ailleurs ainsi dans tous les régimes précédents. Il y a toujours eu des nouvelles nominations même à quelques jours de la fin du mandat, comme ce fut le cas, récemment et en 2009, quand tout allait s’effondrer. 

Qui dit nominations dit également limogeages. Il y en a qui arrivent et il y en a qui partent. C’est devenu une tradition. Les places se cèdent et ainsi de suite. Chaque ministre qui arrive avec une nouvelle équipe, remplace tous les directeurs, change les chefs de service, supplée les techniciens. Le choix est dicté en particulier par des critères techniques marinés dans le népotisme.

Les ingénieurs, les administrateurs civils, les officiers supérieurs ou généraux, les magistrats, les enseignants, les inspecteurs de douane, des impôts, du commerce, du Trésor... se sont destinés à servir le pays et non un régime ou un président. Mais depuis la deuxième République, l’administration a été politisée à outrance. Chaque nouveau président s’empresse de remplacer le DG de la douane, le DG du Trésor, le DG des impôts, les procureurs et les présidents de tribunaux... pour mieux servir ses intérêts. Et sans le vouloir, tout est pris dans le système et a du mal à se défaire de l’engrenage.

Le hic c’est que la liste des techniciens limogés est longue comme l’Orient Express. Ce sont des fonctionnaires que l’État paie pour ne pas travailler. Il y en a dans tous les ministères. Il n’y a plus de poste pour les caser. Ils se tournent le pouce pendant des années attendant une nouvelle opportunité pour devenir secrétaire général d’un ministère, directeurs de projet, fonctionnaires internationaux. Un véritable gâchis puisqu’ils coûtent autant à l’État que l’ensemble des petits fonctionnaires.

Un ancien ministre ne peut redevenir directeur général et espère un poste d’ambassadeur. 

En tout, ils forment une armée de bras cassés et c’est peut-être la raison pour laquelle une usine d’armement se chuchote pour leur reconversion. Pourquoi pas après tout au lieu de vieillir de la lassitude d’un travail loin d’être astreignant et de devenir une proie facile de la maladie d’Alzheimer.

Leur prise en charge va encore coûter plus cher à l’État. On comprend mieux pourquoi la pauvreté s’incruste comme une sangsue s’accroche à un bœuf.

Sylvain Ranjalahy 

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