L’ARAI a gelé plus de 136 milliards d’ariary dans les banques et microfinances malgaches. Malgré des progrès, la récupération des biens mal acquis reste freinée par plusieurs obstacles.
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| Présentation du rapport 2025 de l’ARAI. |
Des biens verrouillés. L’Agence de recouvrement des avoirs illicites (ARAI) a rendu public, ce jeudi, dans son siège à Imerimanjaka Ambohijanaka, son rapport annuel 2025, révélant que plus de 136 milliards d’ariary ont été gelés dans les banques et institutions de microfinance malgaches.
Selon le rapport, le taux d’exécution des décisions judiciaires a connu une nette amélioration. Sur 281 ordonnances reçues en 2025, 219 ont été appliquées, soit un taux global de 78 %. Le Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo traite le plus grand nombre de dossiers, mais ce sont les pôles de Mahajanga et Fianarantsoa qui affichent les meilleurs résultats, avec un taux d’exécution de 88 %. L’ARAI souligne que toutes les demandes de gel enregistrées ont été mises en œuvre, afin d’éviter toute dissipation ou dissimulation de fonds suspectés d’origine criminelle.
Le patrimoine saisi dépasse largement les comptes bancaires. Le rapport recense une centaine de kilogrammes d’or, sous forme de lingots et de poudre, ainsi que 80 terrains totalisant plus de 518 hectares, 48 propriétés bâties, quatre hangars, 113 véhicules et 168 motos. Les saisies comprennent également des ressources naturelles et produits divers, parmi lesquels 3,4 tonnes de concombres de mer et 250 tonnes de manganèse.
Obstacles
Les infractions concernent majoritairement le secteur privé (65 %), avec des délits fréquents tels que le détournement de deniers publics, la corruption et l’abus de fonction, illustrant l’ampleur des circuits financiers affectés.
Malgré ces progrès, l’ARAI signale plusieurs obstacles : l’absence de chambres spécialisées pour la saisie et la confiscation, le manque de personnel et de moyens financiers, ainsi que la lenteur des procédures judiciaires. À Mahajanga, par exemple, un seul agent est en poste alors que trois sont nécessaires. Seule une partie des confiscations a été appliquée, avec environ un tiers des décisions exécutées.
Pour 2026, l’ARAI propose neuf recommandations stratégiques, notamment la création de chambres spécialisées à la Haute Cour de justice et l’octroi de prérogatives de police judiciaire à certains agents, afin d’accélérer les procédures. L’agence prévoit également de renforcer la coopération internationale et de rendre opérationnelle l’Unité de traçage des avoirs criminels, dans le but de transformer la récupération des biens mal acquis en résultats tangibles pour l’État et la transparence publique.
Irina Tsimijaly
