La digue de Sisaony à Tongoloina a tenu jusqu’à hier. Des militaires et la population locale sont mobilisés pour réaliser des travaux de consolidation.
![]() |
| Des dégâts causés par les fortes pluies au niveau de la digue de Tongoloina. |
Tenter le tout pour le tout pour sauver la digue de Tongoloina. Des travaux d’urgence sont menés à Tongoloina pour tenter de sauver la digue, fragilisée et menacée de rupture. « Notre mission, depuis ce matin, consiste à mettre en place des big-bags remplis de sable afin de soutenir la digue », explique Stéphan Razafindehibe, directeur général de l’Autorité de protection contre les inondations dans la plaine d’Antananarivo (Apipa), hier.
La tâche s’avère particulièrement complexe. Les matériaux doivent être acheminés depuis l’autre rive, alors que le courant est très violent. Pour limiter les risques d’accident, les équipes ont dû revoir leur stratégie. « Il est impossible de déverser les sacs dans la rivière. Nous avons donc décidé de les placer à l’arrière de la digue, du côté des rizières », précise le directeur général de l’Apipa.
Sur le terrain, le rythme des travaux reste lent. Hier, vers midi, le transport des matériaux se faisait à petite vitesse, à l’aide de pirogues. Les opérations ont même été brièvement suspendues en raison de la force du courant. Les militaires déployés sur place travaillaient pratiquement seuls, certains habitants ayant refusé de prêter main-forte. « Nous sommes épuisés. Nous avons déjà beaucoup donné depuis samedi », confient-ils. Selon leurs témoignages, l’un d’entre eux a failli être emporté par les eaux.
Travaux d’urgence
Malgré les difficultés, ces travaux demeurent indispensables pour éviter la rupture imminente de la digue, qui ne tiendrait plus qu’à quelques mètres. Jusqu’à hier, l’ouvrage résistait encore grâce aux interventions menées depuis la nuit de dimanche à lundi.
« Le niveau de l’eau s’est stabilisé. Les vannes ont été ouvertes et les débris et les boues ont été dégagés des évacuateurs de crue, après des travaux réalisés toute la nuit », indique une source au sein du Bureau national de gestion des risques de catastrophes (BNGRC).
Toutefois, le danger n’est pas totalement écarté. Les autorités se préparent déjà à un scénario d’évacuation en cas de rupture. Les populations des communes d’Ampahitrosy, les plus exposées, ont été sensibilisées à quitter les lieux et à rejoindre leur famille dans les zones hautes, si nécessaire, selon le maire d’Ampahitrosy, Lovasoa Ranivomananony. Des vedettes, des tentes et des sites d’hébergement ont été prépositionnés. Selon le BNGRC, près de 1 600 hectares de rizières, 5 200 ménages et 20 000 personnes pourraient être affectés en cas d’effondrement de la digue, dans les communes d’Ampahitrosy, de Soalandy, d’Ampanefy et de Soavina.
Si l’inquiétude est palpable à Ampahitrosy, la situation semble abordée avec plus de sérénité dans la commune de Soavina. « Même si la digue venait à céder, l’eau n’atteindrait pas notre commune grâce aux travaux déjà réalisés, actuellement », assure Rigobert Rakotoarisoa, maire de Soavina.
Cette menace de rupture de la digue de la Sisaony à Tongoloina intervient au lendemain de la destruction du barrage de Tongoloina, survenue samedi à la suite de fortes pluies. L’Apipa regrette, par ailleurs, n’avoir été informée que tardivement, après la rupture de l’ouvrage.
Les travaux de consolidation se poursuivront dans les prochains jours et pourraient durer jusqu’à une dizaine de jours. « La protection de la digue doit être renforcée et une étude approfondie s’impose », souligne notre source.
Aucune tolérance pour les travaux bâclés
Selon le ministère, une grave défaillance technique a été révélée, mettant en cause la solidité de l’ouvrage. Les travaux étant récents, ils datent de l’année 2024. Mais l’infrastructure a cédé avant même sa réception technique définitive.
Le ministère insiste sur le fait qu’aucun travail bâclé, aucune réception de complaisance ni aucune dépense injustifiée ne sauraient être tolérés. « Les fonds publics ne doivent en aucun cas financer des infrastructures fragiles ou dangereuses, susceptibles de mettre en péril la sécurité des populations », souligne le communiqué.
Miangaly Ralitera
