Souvent écouté jamais entendu

Un monument nous a quittés. Le Docteur André Rasolo a rendu l’âme dans la soirée de samedi à l’âge de 82 ans. On peut dire qu’il a eu une vie bien remplie sur tous les plans. Mais il n’est jamais satisfait et voulait toujours faire plus. Patriote jusqu’à son dernier souffle, il a été de toutes les «guerres» quand il s’agit d’une cause pour le développement, le règlement d’une crise.

Ses qualités d’enseignement étaient reconnues et recherchées à en juger les universités qui ont bénéficié de son expérience et de sa science. 

En politique, il figurait parmi les fondateurs du KMF/ KNOE, organisation qui s’est destiné à l’organisation d’une organisation propre et incontestable.

Il était déjà dans le coup lors de la grande « révolution» de 1991 qui a mis fin au régime socialiste. Il dirigeait alors le ministère des Transports, où les problèmes n’étaient pas moindres. Ensuite, il a été nommé ambassadeur en Allemagne où il représentait le pays avec dignité.

Il était encore parmi les acteurs de la crise de 2002 et de 2009 en tant que raiamandreny, conseiller et sage pour trouver une porte de sortie au pays et éviter une guerre civile, un bain de sang.

En 2009, il présidait le Comité National de la Société Civile (Cnosc),  entité composée de personnalités nanties d’une certaine sagesse et reconnue pour trouver une solution à la crise de 2009. Il a délaissé le Cnosc lorsque les dirigeants de la Transition ont créé une entité parallèle, les Raiamandreny Mijoro pour atteindre leur objectif.

Mais André Rasolo a continué sa conviction d’une autre manière. La presse a sollicité régulièrement son opinion sur les grands sujets de l’actualité. Ses interviews dans les médias sont innombrables et toujours intéressants. Mais il a toujours été écouté mais jamais entendu. Cela ne l’a pas découragé. Il a résumé son passé politique unique dans un livre paru en décembre 2021, intitulé « Regards sur la vie politique à Madagascar de 1960 à 2020». Une pièce de trésor qu’il a laissé pour l’histoire et les générations futures et qui doit normalement figurer dans les bibliothèques des citoyens qui ont un minimum de notion du patriotisme. Un ouvrage dans lequel il ne se contente pas de rapporter la chronologie des faits, un mémorandum calendaire où on peut lire ses commentaires et son opinion sur les évènements qui ont émaillé l’histoire du pays en 60 ans de république.

Il part avec le sentiment d’un devoir amplement accompli sur tous les plans. Au moins, il aura essayé de changer le cours de l’histoire et de ne pas être un spectateur passif et résigné devant les péripéties politiques.

Il aurait aimé lire cet hommage sans complaisance, et aurait envoyé un petit SMS d’approbation et de remerciement.

Mais finalement, cet éloge funèbre est en quelque sorte superflu étant donné qu’il s’agit d’une vérité de la Palisse et que son œuvre a acquis une notoriété nationale avant qu’il disparaisse.  

Il peut partir en paix, la conscience tranquille et l’âme apaisée. Le pays perd en revanche un de ses plus brillants citoyens.

Sylvain Ranjalahy 

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