Le Vice-président de l’ONG Lalana, ingénieur en Génie civil, donne des points d’éclairage sur la digue d’Ampahitrosy.
Selon les premières informations à disposition, quel semble être le mécanisme de rupture ?
Je n’ai pas eu à disposition les études de ce cas précis mais, s’agissant d’un barrage en béton, cela a sûrement commencé par des fissures, qui se sont aggravées à la suite de la pression de l’eau, vu les pluies récurrentes.
Parle-t-on d’une défaillance soudaine ou d’un processus progressif ?
Les deux cas peuvent être envisagés. On ne peut se prononcer sans données détaillées. D’une part, une forte crue soudaine peut en être la cause, quoi que le climat ait été intense ces derniers temps, on a quand même déjà vu pire dans le pays, donc cette hypothèse est moins fondée. D’autre part, un processus progressif est également envisageable dans le cas où des défaillances dans la construction auraient existé.
Un barrage peut-il céder sans aucun signal d’alerte ?
Dans le cas d’une rupture brusque, évidemment. Mais si cela s’est dégradé progressivement, alors des fissures et des déformations auraient dû être apperçues. Mais attention, parfois ces derniers ne sont pas visibles à l’œil nu, mais si des contrôles ont été effectués elles auraient dû être détectées.
Des signes avant-coureurs existent-ils toujours avant une rupture ?
Effectivement, Comme des fissures ou des affaissements, des écoulements d’eau anormaux, des inclinaisons de la structure, des sons également inhabituels.
De quels systèmes de surveillance doit être équipé un barrage moderne?
Dans sa conception, le barrage doit disposer d’un réservoir, du corps même du barrage, d’une prise d’eau et d’un réseau de canal pour l’irrigation. De plus, un système de maintenance continu devrait exister: Placer des indicateurs hydrologiques (comme des capteurs de niveau d’eau,...), des indicateurs structurelles (comme des mesures piezométriques,...), accompagné d’un agent de surveillance qui surveille régulièrement ces paramètres surtout en forte saison de pluies.
Comment éviter la rupture totale ?
Une partie du corps du barrage étant actuellement détruit, le premier réflexe serait de protéger les berges, la population et les villages, les cultures avoisinantes. Ensuite, en ce qui concerne le corps même du barrage, réduire la pression appliquée sur le corps d’ouvrage restant par l’ouverture des évacuateurs, mettre en place des batardeaux de protection, le colmatage des fissures éventuelles. Enfin, après stabilisation, la reconstruction de la partie détruite.
Comment éviter que cela se reproduise ?
Tout commence dans la conception. « Ce qui coûte le plus cher dans une construction, ce sont les erreurs », dit-on. Dans le nouveau corps du barrage à reconstruire, il faut assurer l’existence des études hydrologiques et structurelles. Le plan d’exécution du nouveau barrage doit être respecté par l’entreprise et contrôlé par une agence de contrôle externe.
Rondro Ramamonjisoa
