MIKE VAN AKKOOI, DG PAR INTÉRIM DE VARA MADA  - « Nous devons écouter les communautés locales »

Mike Van Akkooi est le nouveau patron de Vara Mada, la filiale malgache du géant américain Energy Fuels. Né aux Pays-Bas et ayant travaillé à ses débuts dans les affaires étrangères ainsi que dans la défense, il fait ensuite ses armes dans les secteurs miniers, notamment chez BHP Billiton et Kinross Gold Corporation, toujours à des postes de direction. Un parcours qui lui permettra de superviser d’importantes opérations minières dans plus d’une cinquantaine de pays. Dans cette interview, le directeur général de Vara Mada nous explique les tenants et aboutissants de ce projet minier d’envergure dans le sud du pays.


En lien avec la politique des États-Unis dans la course aux éléments de terres rares, ainsi que le retour des investisseurs américains en Afrique, quelle sera la place de Vara Mada dans ce jeu d’influences ?

Nous sommes en effet une entreprise américaine, mais nous ne sommes pas détenus par le gouvernement des États-Unis. Nous sommes une compagnie privée avec des actionnaires du monde entier. Il faut savoir qu’Energy Fuels est à l’origine une société d’extraction d’uranium aux États-Unis, mais nous avons élargi nos activités à l’extraction de terres rares. Nous avons également une activité dans les isotopes médicaux, car l’uranium peut être utilisé pour produire des isotopes médicaux employés dans le traitement de maladies comme le cancer.

Dans quelles autres régions du monde intervenez-vous ?

Nous avons donc trois lignes d’activité, et le projet Vara Mada s’inscrit dans notre stratégie sur les terres rares. Nous avons actuellement des opérations minières en Australie, au Brésil et à Madagascar. Notre projet en Australie concerne les sables minéralisés de monazite. Il a récemment été approuvé par le gouvernement australien. Nous explorons également au Brésil, dans l’État de Bahia, et nous espérons faire avancer ce projet.

La stratégie consiste à extraire les sables minéralisés, car nous disposons de sables minéralisés traditionnels : titane, zircon, rutile et ilménite. Ils seront revendus sur le marché international classique. Ce qui est particulier pour nous, c’est que nous allons extraire la monazite, qui était initialement considérée comme un produit de déchet. Aujourd’hui, nous la récupérons pour l’envoyer aux États-Unis, où nous disposons d’une installation spécifique — la seule en Amérique du Nord — capable de traiter la monazite afin d’en extraire des éléments de terres rares.

Pour traiter les sables minéralisés, nous avons besoin de matières premières pour nos usines. Ainsi, l’Australie, le Brésil et Madagascar fourniront les matières nécessaires à cette seconde étape. C’est pourquoi ce projet nous intéresse particulièrement, en raison de la monazite, et c’est ainsi qu’il s’intègre dans la stratégie d’Energy Fuels.



Ces éléments de terres rares que vous exploitez seront utilisés dans quels domaines ?

Les éléments de terres rares que nous produisons sont utilisés dans les moteurs électriques, notamment pour la fabrication d’aimants permanents destinés à ces moteurs, aux éoliennes ainsi qu’à d’autres technologies aérospatiales nécessitant ces matériaux.

Récemment, le projet Base Toliara a changé de nom pour devenir Vara Mada. Cela a-t-il une incidence sur vos projections à long terme ?

Oui. Energy Fuels a racheté Base Resources, et nous sommes en train d’intégrer cette dernière au sein de notre groupe. Base Resources n’existe donc plus. Ce changement de nom vise à refléter les valeurs d’Energy Fuels et la manière dont nous souhaitons être perçus à Madagascar, tout en gérant le projet à l’avenir avec respect pour Madagascar et son peuple, en écoutant les communautés avec humilité, en étant ouverts, transparents et en nous concentrant sur la construction collective de ce projet. Nous allons co-créer, avec le gouvernement, les communautés et l’entreprise, un projet qui bénéficiera à tous pour les générations à venir.

Le projet d’extraction de sables minéralisés dans le sud de l’île est sujet à controverse. Comment allez-vous gérer cette situation pour rassurer l’opinion publique ?

Nous reconnaissons que le projet a une histoire conflictuelle. En réfléchissant à la manière dont nous devons agir différemment, je pense qu’il y a deux aspects essentiels à considérer. D’une part, nous devons mieux expliquer le projet afin qu’il soit compris. D’autre part, nous devons mieux écouter les communautés, répondre à leurs questions et les impliquer. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un très bon projet pour tous et que, si nous parvenons à mieux écouter et à mieux expliquer, nous pourrons, ensemble, surmonter les inquiétudes de la population.

Les prix sur le marché des terres rares flanchent actuellement. Le projet sera-t-il rentable ? Pourrez-vous maintenir vos activités à Madagascar ?

Il faut distinguer les sables minéralisés lourds des produits traditionnels comme le titane, le zircon ou le rutile. Leurs prix sont actuellement relativement bas, tout comme ceux de la monazite et des terres rares que nous produisons à partir de celle-ci. Toutefois, les entreprises qui achètent nos produits dépendent aujourd’hui à 100 % de la Chine pour leur approvisionnement et cherchent à diversifier leurs sources. Elles sont prêtes à payer davantage pour disposer d’alternatives, ce qui fera remonter les prix et garantira la rentabilité du projet. Nous avons récemment publié notre étude de faisabilité sur notre site, laquelle montre qu’en tenant compte des prévisions de prix actuelles, ce projet sera très rentable et durable sur le long terme.

''Je pense que les conditions proposées au gouvernement sont très généreuses et en ligne avec les meilleures pratiques internationales. Donc, je n’ai aucune préoccupation concernant la transparence ou la législation malgache.''

Vous prévoyez toujours une première production en 2028 ? Comment cela va-t-il se dérouler ?

Nous ne pouvons pas avancer pour le moment tant que nous n’avons pas finalisé un accord d’investissement avec le gouvernement malgache et achevé nos évaluations environnementales. 

Une fois ces deux étapes franchies, il faudra environ 15 mois pour lancer la construction de la mine, puis près de deux ans supplémentaires.

Notre première production continue donc d’être retardée. Le premier envoi pourrait avoir lieu en 2028, 2029 ou 2030, selon la conclusion de l’accord avec le gouvernement et l’achèvement de l’évaluation environnementale.

Comment extrairez-vous les sables minéralisés in situ ?

Beaucoup de personnes imaginent que l’exploitation minière laisse des trous béants. L’extraction des sables minéralisés ne fonctionne pas ainsi. D’après mon expérience, il s’agit de l’une des formes d’exploitation les plus propres et les moins impactantes. Tout d’abord, nous n’utilisons aucun produit chimique dans le processus, ce qui exclut toute pollution chimique.

Nous n’utilisons pas non plus d’explosifs, car les sables se trouvent presque au niveau du sol. Après l’extraction des minéraux, les matériaux sont replacés, ce qui limite les risques de contamination. Contrairement aux mines de cuivre ou d’or, qui produisent des résidus comme l’arsenic, le mercure ou le cyanure, nous n’utilisons aucun de ces produits. Le processus repose sur la gravité et des aimants, sans pollution.

Mais ce processus utilise beaucoup d’eau, non ?

Oui, mais l’eau est recyclée. Elle provient de sources qui ne sont pas utilisées pour les besoins communautaires ou naturels. Nous effectuons de nombreux tests afin de nous assurer que ces sources ne nuisent pas aux autres usages. Nous utilisons ensuite la même eau tout au long du processus.

Plutôt que de créer une grande mine à ciel ouvert, nous travaillons par blocs. Nous retirons la végétation, mettons de côté la couche de terre arable, extrayons les minéraux — environ 6 % — puis remettons en place les 94 % restants du sable. La terre est replacée et les arbres replantés. Dans la zone concernée, de nombreux dommages ont déjà été causés par l’exploitation forestière illégale et l’érosion liée au changement climatique. Nous pensons ainsi améliorer la situation par rapport à l’état initial. 

Le cycle se fait sur trois ans: extraction, réhabilitation, puis passage à la zone suivante.


Pourquoi votre évaluation environnementale a-t-elle été mise à jour récemment ?

L’entreprise dispose d’une évaluation environnementale datant de 2019, qui doit être actualisée, puisque nous sommes désormais en 2026. Nous rassemblons actuellement toutes les données nécessaires à cette mise à jour, avant de les soumettre au gouvernement pour révision et obtention des permis environnementaux finaux. Ce processus prendra environ 15 mois, le temps d’effectuer les prélèvements, d’observer les saisons et d’analyser la biodiversité.

Nous souhaitons opérer selon des normes de classe mondiale. Nos investisseurs et partenaires internationaux n’investiraient pas dans notre entreprise si ces standards n’étaient pas respectés. Nous appliquons déjà ces normes en Australie et les appliquerons également à Madagascar et au Brésil.

Que pensez-vous de l’environnement des affaires et de la législation minière à Madagascar ?

Globalement, l’environnement d’investissement à Madagascar est favorable. Nous ne souhaitons pas recourir à la loi sur les grands investissements miniers, mais plutôt à un contrat d’investissement spécial, accepté par le gouvernement. Cet accord vise à clarifier l’application des différentes lois au projet et à offrir une stabilité juridique à long terme.

Il ne s’agit pas d’un accord prévoyant des allègements fiscaux. Nous sommes satisfaits du taux d’imposition en vigueur. Il s’agit avant tout de clarifier l’articulation entre les différentes législations existantes. L’accord sera public et soumis au Parlement pour approbation. Nous n’avons aucune inquiétude concernant la transparence ou la législation malgache.

Concrètement, que peuvent espérer les populations locales de ce projet?

Contrairement à de nombreux projets miniers, nous commencerons probablement à payer des taxes dès la première année d’exploitation. Les impôts et redevances bénéficieront rapidement à l’État et aux communautés locales.

Le projet générera également un nombre important d’emplois locaux. Il représente un investissement d’environ un milliard de dollars, dont près de 500 millions iront directement à Madagascar. Des milliers d’emplois seront créés durant la phase de construction et d’exploitation, avec un impact économique significatif.

Enfin, nous prévoyons environ 4 millions de dollars par an en investissements communautaires sur toute la durée du projet, ajustés à l’inflation, soit environ 250 millions de dollars au total. Cela aura un impact majeur sur les communautés locales et sur l’économie de la région de Toliara, avec des retombées importantes sur le PIB.

   Itamara Otton

1 Commentaires

  1. Faut savoir lire entre les lignes. Comment exploiter au mieux (voire piller) les richesses de ce beau pays. No problem, on sait faire ... Pendant ce temps, refondez refondez refondez !!!

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