Le premier responsable du patrimoine au sein du ministère de la Communication et de la Culture s’engage à une refondation de son secteur.
Quelles sont les principales priorités de la Direction du Patrimoine ?
Elles sont nombreuses car nous sommes au début d’un véritable processus de refondation du domaine patrimonial. Ce secteur a longtemps été l’enfant délaissé des politiques publiques. Notre premier objectif est donc de redonner à l’État un leadership clair en matière patrimoniale. Nous restons ouverts aux initiatives privées et aux partenariats nationaux et internationaux, mais l’État doit devenir un acteur central de la culture.
Comment allez-vous procéder ?
Cette ambition passe par une réflexion profonde sur la politique culturelle et patrimoniale. Nous œuvrons également pour une meilleure appropriation des patrimoines matériels et immatériels par les Malgaches, condition essentielle de leur préservation et de leur valorisation.
À court terme, nous lançons une mise à jour et une identification des biens patrimoniaux. En parallèle, la formation des agents de l’État constitue une priorité, avec des actions de renforcement de capacités, notamment en muséologie, dès les prochaines semaines, avec l’appui de partenaires internationaux.
Avez-vous pu établir un premier état des lieux ?
De nombreux biens patrimoniaux sont en grand danger, dans toutes les régions de Madagascar. Le site archéologique de Mahilaka, pourtant l’un des plus anciens du pays, est en cours de vandalisme. Le site de Sarodrano, habité dès le IIIe siècle, présente un état de conservation catastrophique. Plusieurs sites sont aujourd’hui en ruine, comme le rova d’Ilafy ou le musée de Rainilaiarivony à Amboditrina, dont l’état est particulièrement préoccupant. Les patrimoines immobiliers urbains sont également menacés par les constructions modernes, qui tendent à les faire disparaître.
À moyen terme, il faudra mettre à jour les textes existants, définir une nouvelle politique patrimoniale, revoir la politique culturelle actuelle et établir enfin une politique muséale, aujourd’hui inexistante.
Disposez-vous des moyens nécessaires ?
Le patrimoine souffre d’un manque criant de moyens, aussi bien humains que financiers, alors même que les défis sont immenses. Dans ce contexte, la coopération est indispensable. Nous travaillons avec des partenaires nationaux et internationaux, et bénéficions aussi d’initiatives individuelles importantes, notamment dans le secteur muséal. Des associations privées valorisent déjà certains biens patrimoniaux, et la Direction entend les soutenir activement.
Parmi nos partenaires figurent notamment l’Unesco, l’ambassade de France et la Chine. Nous souhaitons renforcer ces collaborations et élargir notre réseau vers les universités, le secteur privé et les fondations culturelles, nationales et internationales.
Cassie Ramiandrasoa
