La Conférence des évêques de Madagascar alerte sur les risques de dérives au moment où le pays entre dans une nouvelle phase politique. Ils rappellent que les réformes attendues doivent être réelles et centrées sur l’intérêt général.
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| Les évêques de Madagascar demandent à ce que les deux ans pour la Transition soient respectés. |
Un changement radical de la manière de faire de la politique. Il s’agit d’une “nécessité”, selon la Conférence des évêques de Madagascar (CEM), dans un long message publié hier. Telle est également l’aspiration affirmée durant les manifestations de septembre et octobre, ajoute-t-elle.
“Ces événements montrent clairement que le peuple malgache, meurtri et fatigué, aspire à un véritable changement dans le pays et dans la gouvernance. Ce qu’il attend, c’est une politique sociale et publique orientée vers le bien commun et le développement durable, et non une politique dévoyée où les dirigeants ne recherchent que leurs intérêts personnels et ceux de leurs alliés”, rappelle la Conférence épiscopale.
Dans leur missive, les évêques de Madagascar exhortent ainsi les nouveaux dirigeants et l’ensemble des acteurs politiques à rompre avec les anciennes pratiques et à répondre aux attentes pressantes et durables de la population. Bien qu’ils reconnaissent que la mise en œuvre des changements réclamés et des promesses faites nécessite du temps, les prélats soutiennent : “Il faut une décision ferme de rompre avec les anciennes mauvaises habitudes”.
La CEM martèle ainsi que “les mauvaises pratiques qui ont conduit le pays à l’effondrement et à la pauvreté extrême que nous connaissons aujourd’hui doivent être éradiquées”. “Cependant, une inquiétude se fait déjà sentir : celle de voir le processus actuel s’écarter des aspirations profondes des jeunes et du peuple. Beaucoup redoutent le retour des anciennes pratiques et des anciens acteurs qui ont plongé la vie nationale dans la crise, surtout sur les plans politique et économique”, regrette-t-elle.
Non à la vengeance
Le message de la CEM résonne ainsi comme une mise en garde contre les dérives des nouveaux décideurs étatiques et des acteurs politiques. Il sonne aussi comme un rappel à l’ordre face aux déviances vis-à-vis des aspirations exprimées par la population. “La politique doit être toujours un service pour le peuple, orienté vers la recherche du bien commun, surtout en ces temps difficiles”, pose-t-elle alors comme balise.
“Que cesse la politique qui détruit la nation. Mettez fin à la politique de pillage et de recherche du pouvoir pour le pouvoir, ainsi qu’à la convoitise des richesses nationales. Ne manipulez pas la ferveur et la volonté de renouveau des jeunes et du peuple, désireux de reconstruire leur histoire”, plaide la Conférence épiscopale. Selon elle, “la concertation nationale inclusive, partant de la base, est nécessaire pour avancer dans cette direction, afin de préparer un État stable et solide”.
Les évêques notent, par ailleurs, que la faiblesse du processus de développement du pays réside dans le manque d’écoute mutuelle et de confiance réciproque. Ils demandent alors aux décideurs étatiques et aux acteurs politiques “d’être conscients de ce fait”, en ajoutant : “partant des revendications du peuple, c’est sur les besoins essentiels que nous vous attendons, dirigeants”. L’eau et l’électricité, l’éducation, des services de santé accessibles, ou encore la disponibilité des produits de première nécessité sont parmi les exemples cités par la CEM.
S’agissant de la confiance entre les décideurs et la population, la Conférence des évêques de Madagascar met l’accent sur le respect des engagements pris et la traduction en actes des discours. “Que soient respectées les deux années prévues pour la période de transition”, rejoint la CEM. Elle déclare également que “la politique d’austérité prônée par le nouveau régime doit être effectivement mise en œuvre”, en soulignant que “pour cela, les nouveaux dirigeants doivent donner des exemples concrets et tangibles”.
La Conférence épiscopale recommande ainsi que “les privilèges particuliers tels que les allocations de carburant et les indemnités exorbitantes, dont bénéficiaient les agents de l’ancien régime, doivent cesser immédiatement”. Elle parle aussi de lutte contre l’enrichissement illicite en soutenant: “que soient démantelés les réseaux qui considèrent Madagascar comme leur propriété privée”. Néanmoins, elle met en garde contre l’amalgame entre la vraie justice et la chasse aux sorcières politiques.
“Nous réaffirmons que la violence et la vengeance, sous quelque forme que ce soit, ne peuvent jamais conduire au développement, ni apporter la paix et la stabilité. La voie à suivre est celle de la réconciliation, de la communion, de la vérité et de la miséricorde. Car rendre justice pour des crimes commis, des vols ou des actes de corruption, quelle qu’en soit la forme, ne doit en aucun cas être confondu avec un esprit de vengeance politique”, soulignent les évêques.
Le message de la CEM s’adresse également à la population et appelle à sa responsabilité. “Il n’est pas juste de toujours tout attendre des dirigeants et des responsables ; certaines choses dépendent de nous et sont à notre portée. Chacun doit reconnaître et accomplir ce qui lui revient, pour la défense du bien commun”, soutient-elle, en prenant l’exemple de “l’éradication de la corruption, devenue un véritable mode de vie contraire à la voix de la conscience et qui la tue, est une tâche à laquelle tous doivent contribuer ensemble”.
Garry Fabrice Ranaivoson

Sages paroles, mais difficilement compréhensibles par les Marco Robespierres qui ne pensent qu'à couper des têtes. Le bien être du peuple d'abord ! Mais les nouveaux politiques militaires au pouvoir en auront ils la volonté ? Deux mois avaient ils dits ??? Aïe aïe !!!
RépondreSupprimerQui vivra verra. Mais je doute que le peuple verra sa vie améliorer. Ça fait des dizaines d'années et des générations que les pauvres sont pauvres. Celui qui se lève tôt et qui travaille comme un zébu n'attend rien d'autre que d'avoir un plat de riz à manger avant de se coucher sur sa paillasse. Les dirigeants de ce pays se succèdent après avoir chassé le précédent mais pour quel bénéfice pour le peuple ? Rien !
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