Lettre à Gen Z

Je ne vous cite pas souvent, je ne fais pas systématiquement référence à votre démarche, je ne me revendique pas de votre légitimité : peut-être parce que je me refuse à vous ramasser en une seule et «parfaite» entité monolithique. Il y a déjà très (trop) longtemps, j’avais été un «Gen Z» de mon époque, même pas 20 ans, mais en route, plutôt entre les rails du tracé ferroviaire Ankadimbahoaka-Ambohijanaka, le 10 août 1991. Deux jours après, en une tribune dont je doute que l’Intelligence Artificielle ait connaissance, Madagascar-Tribune publiait ma lettre ouverte : «Ni Iavoloha, ni 13 mai». 

Ne me faites pas désespérer de retrouver écho de cette posture dans votre démarche actuelle. Certes, ce choix n’était pas commode, et il ne deviendra jamais confortable.

Ma position fut par contre plus tranchée, en 2009 et 2018 :certainement pas le 13 mai, ce 13 mai là. Sceptique et désabusé, j’aurai finalement été gagné à votre cause 2025. Les enfants, parce que vous avez l’âge des miens, ne laissez pas l’élan sympathique, qui fut le vôtre, s’avilir par la faute d’un illuminé ou d’une hystérique, sans doute de votre génération biologique mais plus certainement d’un autre âge retors. 

Mes parents, nés avant la fin de la deuxième Guerre mondiale, juste cinquante ans donc après la défaite de la monarchie merina alias le «Royaume de Madagascar», ne nous ont pas éduqués à médire gratuitement sur les gens. À notre tour, de cette génération charnière entre la fin de cycle du régime proclamé en 1959-1960 et l’exaltation «révolutionnaire» des années 1972-1975, nous avons enseigné à nos enfants la discipline du discernement plutôt qu’à se complaire dans les «honohono» et la diffamation facile. 

Les «résurgences contemporaines», dans la très amnésique mémoire populaire, des règnes d’Andriamasinavalona (17ème siècle) ou d’Andrianampoinimerina (fin 18ème et début 19ème siècles), deux souverains que la mémoire collective merina idéalise, sont du registre moral. 

Par anachronisme ascendant ou anachronisme descendant, magistralement soulignés par Alain Delivré dans sa thèse sur le «Tantara Ny Andriana», l’histoire des Rois, les «Mpilaza Tantara» de la fin 19ème siècle et du début 20ème siècle, ont singularisé une méthode prétendument de «fihavanana» plutôt que le résultat brut d’une conquête certainement moins romanesque. Démarche mensongère mais qui a structuré une mentalité plutôt vertueuse. 

Que l’invective permanente par des affabulations outrancières ne vous devienne pas un mode de vie. Votre jeunesse a encore la chance de sauvegarder une supériorité morale que notre génération a laissé se perdre. Comme disait un grand Monsieur, Talleyrand (1754-1838), «tout ce qui est excessif devient insignifiant».  

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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