Alors qu’au Proche-Orient, l’atmosphère de guerre persiste à demeurer, on se rappelle que lors d’un 6 octobre, comme aujourd’hui, celui de l’année 1973 plus exactement, les yeux furent braqués sur ce territoire habitué à être le terrain de démonstration des armes. Ce jour-là, alors qu’Israël célébrait Yom Kippour, l’Égypte et la Syrie attaquèrent son armée par surprise. Yom Kippour ou le grand pardon, la fête la plus importante du calendrier juif, est aussi présent dans une œuvre cinématographique sortie exactement quarante-six ans plus tôt, Le Chanteur de jazz (A. Crossland, 1927), le premier film parlant.
Le 6 octobre 1927, le public présent au Warners’ Theatre de New York vécut des minutes historiques en étant les premiers à entendre des sons, des paroles synchronisées avec des images qui sont projetées grâce au système Vitaphone qui reliait alors un tourne-disque au projecteur. Et la magie opéra quand les spectateurs entendirent la fameuse réplique, la première sonore de l’histoire du cinéma : “Wait a minute, wait a minute. You ain’t heard nothin’ yet!” (Attendez une minute, attendez une minute. Vous n’avez encore rien entendu). Bien que ne comportant que deux à trois minutes de dialogues parlés, une page était en train de se tourner, un basculement qui est le début d’un changement de paradigme dont l’ampleur est racontée dans le film Chantons sous la pluie (S. Donen, 1952) où le film est évoqué comme ce qui va sonner le glas de beaucoup de carrières.
Yom Kippour est, à un moment de ce film, au centre d’un dilemme auquel le personnage principal fera face : il aura à choisir entre ses racines identitaires et culturelles ou ses ambitions artistiques. Et quarante-six ans plus tard, jour pour jour, l’armée israélienne est agressé le jour de Yom Kippour. Deux événements qui se sont donné rendez-vous un 6 octobre. Un virage technologique décisif et un épisode sanglant, en plus de partager le même fond qui est Yom Kippour, ont aussi en commun la même date. Et cinquante-deux ans après, cette région du monde est toujours aussi bouillonnante au point de remplir les différentes pages des journaux.
En ce 6 octobre, on se souvient donc que le progrès technique, celui qui nous a donné les plaisirs du cinéma, coexiste avec les drames et leur cortège déchirant. Et on se rappelle alors également les paroles de l’Ecclésiaste : “Rien de nouveau sous le soleil.” Et parmi les invariants que peut illustrer le 6 octobre, cette autre affirmation de l’Ecclésiaste : “Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire.”
Fenitra Ratefiarivony