Le coach Romuald Rakotondrabe, dit « Rôrô », médaillé d’argent au 8e Championnat d’Afrique des Nations, nous livre ses expériences depuis le CHAN 2023.
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| Le sélectionneur aux multiples casquettes, Romuald Rakotondrabe. |
– Pouvez-vous dresser un bref bilan de votre aventure à la tête des Barea pour les Jeux des Îles, le CHAN, la CAN et le Mondial ?
Il y a eu des hauts et des bas. Nous avons décroché la médaille d’or aux Jeux des Îles, puis le bronze et l’argent au CHAN. En revanche, je n’ai pas eu de succès lors des éliminatoires de la CAN et de la Coupe du Monde. J’ai décidé de démissionner en novembre, après l’échec à la qualification pour la CAN. J’ai assumé la responsabilité. Concernant les qualifications pour le Mondial, nous avons disputé six matchs, tous à l’extérieur. Si nous avions pu jouer à domicile, les choses se seraient peut-être déroulées autrement (...). De plus, certains expatriés n’étaient pas vraiment professionnels, tant sur le plan comportemental que technique. Nous n’avons pas eu assez de temps pour la préparation, certains joueurs rejoignaient la sélection la veille du match. Nous ne pouvions donc transmettre la tactique qu’en théorie. C’est le pire échec de ma carrière d’entraîneur de l’équipe nationale, hormis mes débuts aux Jeux des Îles en 2019. Nous avons, néanmoins, pu engranger 7 points, ce qui reste une note moyenne, je pense…
– Et votre bilan au CHAN ?
C’était le plus angoissant. En 2023, nous étions encore méconnus. La sélection de l’époque et celle de cette édition ne sont pas comparables. En 2023, nous avions Tsiry, Rakool, Carlos, Tendry, Jean-Yves, Ando en défense… et les remplaçants avaient tous bien assuré. Nous avions terminé à la troisième place. En 2025, certes, les joueurs étaient réceptifs, mais ils avaient du mal à appliquer ce que nous faisions à l’entraînement. Le temps de préparation était court, alors qu’ils avaient besoin de plus de temps pour assimiler. Pourtant, ils m’ont surpris en phase finale, surtout en finale. Ils ont démontré bien plus que ce à quoi je m’attendais, tout ce que nous avions travaillé à l’entraînement. Nous avions gardé la même méthode de travail du début à la fin de la compétition, avec quelques ajustements et rectifications.
– Que ressentiez-vous après la défaite en finale ? Vous étiez tout proche de la médaille d’or.
Ce CHAN a été marqué par la solidarité et la cohésion. Il y a, certes, eu quelques mésententes, mais elles étaient passagères. C’était la clé de notre réussite. J’ai surtout constaté cette unité après la défaite contre la Tanzanie. Ensuite, nous avons enchaîné les victoires, en quart puis en demi-finale, ce qui a ravivé leur rage de vaincre. Je leur ai dit de jouer la finale sans pression, de prendre du plaisir. Nous rendions heureux nos compatriotes et il ne fallait pas abandonner à ce stade. Les joueurs étaient émerveillés après la demi-finale. C’était incroyable. Ce qui nous a aussi motivés, c’est qu’on nous avait qualifiés d’équipe faible. Sur Facebook, nous avions vu une publication disant que nous n’étions même pas à la hauteur de la sélection féminine marocaine. Les joueurs étaient alors plus déterminés. L’absence de Rado s’est néanmoins fait sentir en finale.
– Quelles étaient vos consignes avant la finale et à la mi-temps ?
Avant la finale, je leur ai dit de jouer sans pression et de prendre du plaisir. Je leur ai demandé de faire des attaques placées courtes et moyennes. Nous avons commencé le match en pressant haut, au lieu de jouer en bloc bas, pour montrer aux Marocains que nous étions prêts.
Nous étions menés 1-2 à la mi-temps. Nous avons remplacé Gregas, car l’équipe adverse exploitait trop souvent son côté. Les Marocains ont marqué en profitant de nos erreurs.
J’ai dit aux joueurs : « Si nous avons pu marquer en six minutes, pourquoi ne pas le refaire en seconde période ? » J’ai fait entrer Toky, extrêmement motivé. Il disait qu’il allait marquer, et il l’a fait. Il avait vraiment un mental de fer, un vrai soldat. Le Maroc a inscrit ses buts pendant nos temps forts. Après l’égalisation à 2-2, nous avons continué à mettre la pression, mais à la suite d’une maladresse de Mamisoa, l’attaquant marocain a su exploiter l’occasion pour marquer le troisième but. Toldo a tenté de dégager le ballon, mais en vain. Il était épuisé après avoir joué les sept matchs, dont un quart de finale de 120 minutes.
– Quels seront vos prochains projets et objectifs ? Comptez-vous reprendre les Barea ou entraîner un club ?
J’ai dit que nous ferons mieux la prochaine fois, mais c’était surtout une formule d’encouragement après chaque match. Pour l’instant, je n’ai encore rien décidé. De toute façon, la décision appartient à la Fédération. Si un jour on me désigne, j’accepterai en toute modestie. Quand on réalise de bons résultats, on veut toujours faire mieux par la suite. Je suis un compétiteur. Je suis encore disponible, je n’ai pas encore été désigné pour une autre mission. Je pourrais donc rejoindre un club avec un bon projet et des objectifs clairs.
Je suis désormais retraité, mais je ne refuserai aucune proposition de collaboration. J’ai pu accumuler pas mal d’expériences ces dernières années. J’ose dire qu’avec ce vécu, je pourrais faire mieux qu’avant avec les Barea. Je peux désormais corriger les erreurs du passé, dues à mon manque d’expérience ou à certaines ignorances. Je précise que je ne me propose pas, mais en tant que compétiteur, j’aime relever les défis.
– Qu’en est-il de votre contrat et vos salaires sont-ils réglés ?
Nous venons récemment d’en discuter avec de hauts responsables. Depuis ma démission en tant que sélectionneur des Barea A en novembre, je peux dire que tous mes salaires d’avant cette démission sont en cours de règlement. J’ai poursuivi mes fonctions depuis la préparation du CHAN jusqu’à aujourd’hui. Mon contrat court normalement de novembre 2023 à octobre 2026. Cette deuxième période n’est pas encore réglée. Trois entités prennent en charge mes salaires : l’État, la Fédération et le sponsor. Je fais et je ferai ce travail par passion. Je n’ai jamais cherché à comparer mon salaire à celui de mes prédécesseurs ou de l’actuel sélectionneur. J’ai accepté la proposition à l’époque, et j’ai signé le contrat sans aucun regret.
L’État, via le ministère, prend en charge 60 %, et la Fédération, les 40 % restants.
Serge Rasanda
