La démission de Mahefa Andriamampiadana intervient alors que le secteur attend une réforme de son cadre réglementaire. Entre concurrence, investissements et accès à Internet, l’enjeu dépasse la transition ministérielle : il s’agit de rendre le marché plus accessible et plus performant.
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| Les consommateurs au cœur de l’ouverture du marché numérique. |
La démission de Mahefa Andriamampiadana, acceptée le 3 novembre 2026 pour raisons de santé, intervient à un moment charnière pour le secteur des télécommunications.
Deux projets de loi portant respectivement sur les communications électroniques et les infrastructures numériques (n° 040/2026), d’une part, et sur la cybersécurité et la cybercriminalité (n° 042/2026), d’autre part, sont attendus pour moderniser le secteur.
Le premier ambitionne notamment de faciliter l’entrée de nouveaux opérateurs sur un marché actuellement dominé par trois acteurs. Selon le ministère, trois opérateurs auraient déjà étudié les possibilités d’investissement à Madagascar avant d’y renoncer en raison des contraintes réglementaires. L’enjeu est autant économique que réglementaire. Selon les estimations de la GSMA, une numérisation accrue pourrait générer 4 100 milliards d’ariary de PIB supplémentaire à l’horizon 2031 et contribuer à la création d’environ 330 000 emplois.
Ces perspectives dépendent toutefois de la capacité du pays à attirer de nouveaux investissements, à renforcer la concurrence et à élargir l’accès aux services numériques. Le cadre actuel repose sur une loi datant de 2005, antérieure à l’essor de l’Internet mobile. La nouvelle réglementation vise à instaurer des règles communes pour les opérateurs présents et futurs, avec notamment une stabilité des régimes juridique, fiscal et douanier pendant la durée des licences. L’objectif est de rendre le marché plus attractif et de lever certains obstacles à l’investissement.
La concurrence au cœur de la réforme
La démission du ministre ne devrait toutefois pas entraîner de perturbations immédiates pour les abonnés. Selon une source au sein du ministère, les collaborations avec les opérateurs se poursuivent normalement. L’intérim est assuré par Ndaohialy Manda-Vy Ravonimanantsoa. Reste à savoir si cette transition permettra de maintenir le calendrier des réformes et des programmes engagés. Un marché encore peu accessible Le potentiel de développement contraste avec la réalité vécue par les consommateurs.
Selon les statistiques publiées en 2025, le taux de pénétration d’Internet atteignait seulement 20,4%, alors que la couverture des réseaux 3G et 4G avoisinait 80 %. Cet écart montre que la disponibilité du réseau ne garantit pas son utilisation. Le coût des forfaits, le pouvoir d’achat et les disparités territoriales continuent de limiter l’accès effectif à Internet. Pour Tahina Martin, étudiant, la connexion représente une dépense quotidienne de 500 ariary, qu’il doit « répartir selon ses revenus». Une somme qui pèse sur un budget déjà contraint. « Sans connexion, les études s’arrêtent», explique-t-il.
À cette difficulté financière s’ajoutent une connexion parfois lente, des coupures soudaines et des différences de qualité entre les opérateurs. Il attend des offres de Yas, Airtel et Orange qu’elles deviennent réellement comparables, avec des tarifs plus accessibles et une meilleure qualité de service. « Internet n’est plus un luxe, c’est un droit fondamental pour les étudiants. » Les données économiques confirment ces difficultés. Le coût d’un panier Internet mobile de base représentait 7,32 % du revenu national brut par habitant, et jusqu’à 12,88 % pour des forfaits plus étendus.
Ces niveaux, élevés au regard des références de l’Union internationale des télécommunications (UIT), réduisent la capacité d’une partie de la population à utiliser régulièrement Internet. Dans les zones rurales, le problème est double : le coût demeure dissuasif et la couverture peut rester limitée à la 2G, voire inexistante. L’ouverture du marché pourrait accroître les investissements dans les infrastructures, élargir les offres et exercer une pression sur les tarifs pratiqués. Mais l’arrivée de nouveaux acteurs ne garantit pas, à elle seule, une baisse des prix. Encore faut-il que les conditions d’entrée soient réellement accessibles, que les nouveaux opérateurs puissent déployer leurs réseaux et que la concurrence ne se concentre pas uniquement sur les zones les plus rentables.
Un potentiel économique à concrétiser
Le rôle de l’Autorité de régulation des technologies de communication (ARTEC) sera donc déterminant. L’ouverture du marché devra s’accompagner d’une régulation capable de garantir des conditions équitables entre les opérateurs, de surveiller la qualité des services et de protéger les consommateurs. Sans contrôle effectif, une réforme des licences risque de rester une modification juridique sans conséquences sensibles sur le quotidien des abonnés.
Les retombées attendues dépassent largement le secteur des télécommunications. Une meilleure connectivité peut favoriser le développement des services numériques, faciliter les échanges commerciaux, améliorer la productivité des entreprises et ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles. Ces perspectives supposent toutefois des investissements soutenus et une diffusion effective des usages numériques. La disponibilité d’Internet doit se traduire par des possibilités concrètes de formation, d’emploi et d’entrepreneuriat. À défaut, les retombées risquent de rester concentrées dans les zones urbaines et parmi les populations qui disposent déjà des moyens d’accéder aux services numériques.
Les programmes en cours participent à cet objectif. Lancé en janvier 2026 et financé par la Banque mondiale, Asan’ai prévoit de former gratuitement 1 300 jeunes aux métiers de l’intelligence artificielle et de la gestion des données, jusqu’en mai 2027. Pour Ramiarinarivo Myriam, participante au programme, une interruption serait préjudiciable alors que la formation approche de son terme. Elle espère pouvoir intégrer une entreprise comme Intelcia ou Konecta à l’issue de son parcours. La continuité de ce dispositif représente ainsi un enjeu d’insertion professionnelle, mais aussi de valorisation des compétences numériques locales. Le projet Mihary prévoit, de son côté, un soutien de 15 000 dollars aux jeunes entrepreneurs et aux start-up afin d’encourager l’innovation technologique. Smart Village vise à développer les infrastructures numériques dans les localités rurales, avec plus de 10 000 bénéficiaires attendus quotidiennement.
Le déploiement du Wi-Fi dans les lieux publics complète ces initiatives. « Même pour un simple passage, ce service est utile, ne serait-ce que pour consulter Facebook. La connexion est bonne et stable», témoigne Raniriariseheno Mino, étudiant. Ces initiatives montrent que l’action publique ne se limite pas à la réglementation. Toutefois, leur portée dépendra de leur financement, de leur continuité et de leur articulation avec une politique globale d’accès au numérique. Former des jeunes aux métiers de demain ou soutenir des start-up aura un impact limité si les infrastructures restent insuffisantes et si le coût de la connexion continue de freiner les usages.
L’après-démission se jouera donc moins dans le changement de titulaire du ministère que dans la capacité de l’État à mener les réformes jusqu’à leur application. Pour les consommateurs, les résultats devront se mesurer concrètement : des tarifs plus abordables, une meilleure qualité de connexion et un choix réel entre les opérateurs. Pour l’économie, il s’agira de transformer la connectivité en investissements, en emplois et en gains de productivité. C’est à cette double exigence que sera confronté l’avenir du secteur.
Lucia Rabarijaona
