Le sida n’a pas disparu. Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas qu’on a réussi à s’en débarrasser. Les chiffres sont là pour montrer que le sida est plus que jamais présent. Pire, il n’a jamais été aussi redoutable qu’actuellement, à en juger par les statistiques du Programme national de lutte contre les IST (PNLIS). Selon ses rapports, trois à cinq personnes par semaine meurent du sida dans un grand hôpital d’Antananarivo. Leur âge varie de 19 à 25 ans. Autrement dit, des jeunes. C’est juste inquiétant.
Le sida était une préoccupation majeure du gouvernement de 1998 à 2008. Un point focal de lutte contre le sida était rattaché à la Primature, qui dirigeait la manœuvre. Il s’agissait du Secrétariat exécutif de la lutte contre le sida. Le programme bénéficiait du soutien du gouvernement américain à travers l’USAID.
Avec les crises politiques, la lutte contre le sida a été laissée de côté. Et si le taux de prévalence du sida est estimé entre 0,3 et 0,5 % pour la tranche d’âge des 15-49 ans, selon les données de L’Initiative et de la Banque mondiale, de nouvelles infections et des décès liés au sida ont été observés dès 2010. La prise en charge et le dépistage ont été presque abandonnés, faute de moyens.
Avec la suppression de l’USAID, la lutte contre le sida a pris un coup de poignard dans le dos. Heureusement que les Américains ont octroyé un financement additionnel en août. Des experts américains sont également attendus pour accompagner les techniciens malgaches, pour élever la qualité des soins et renforcer le mécanisme de surveillance sanitaire et de riposte face à la recrudescence des infections.
L’heure est ainsi grave et on a tort de penser que le sida ne tue pas autant que le paludisme. C’est une référence désuète si on regarde les statistiques. On a recensé six cent trente mille décès l’année dernière alors que le sida a tué quarante millions de personnes depuis le début de l’épidémie en 1987. Et quarante millions de personnes vivent actuellement avec le VIH, dont 65 % en Afrique.
Les préventions, les sensibilisations, les dépistages, les prises en charge sont plus que jamais nécessaires pour juguler le mal. On ignore si la distribution gratuite de préservatifs continue dans certains endroits avec le soutien de l’USAID. Faute de quoi, certains s’approvisionnent dans les marchés de friperies et on se demande si les « occasions » sont aussi fiables que les « sous carton ». On doute fort que ce soit le cas. À preuve, 1,3 million de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH. Le détail ne donne pas combien elles sont à Madagascar, mais rien que le nombre de victimes est amplement suffisant pour être prudent.
Sylvain Ranjalahy