La lutte contre le sida fait face à une baisse des financements. En parallèle, la maladie progresse au sein de la population.
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| Le dépistage permet de connaître son statut sérologique. |
Une personne meurt chaque jour du sida, selon les chiffres présentés par le Programme national de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/sida (PNLIS), lors du forum consacré à la lutte contre le VIH/sida, organisé les 27 et 28 octobre au Radisson Blu. Dans un centre hospitalier d’Antananarivo, trois à cinq jeunes âgés de 19 à 25 ans décèdent chaque semaine du sida, selon la même source.
« Le taux de mortalité est actuellement élevé », indique le Dr Mananarisoa Ravelohanta, de l’association Ainga/Aides. Elle détaille les défaillances qui contribuent à cette hausse de la mortalité. « Le Fonds mondial assure l’essentiel du financement, tandis que l’engagement de l’État reste insuffisant. Ces financements ne couvrent pas toutes les régions, ce qui limite les interventions prises en charge. L’enveloppe disponible est presque entièrement absorbée par les traitements, car le nombre de personnes sous traitement augmente. Il reste donc très peu de moyens pour la sensibilisation et la prévention, notamment le dépistage et la distribution de préservatifs », explique-t-elle.
Les préservatifs, par exemple, étaient auparavant distribués gratuitement, mais doivent désormais être achetés. Il en va de même pour les seringues destinées aux usagers d’héroïne injectable, dont le nombre serait actuellement en hausse, selon Mananarisoa Ravelohanta. Les préservatifs et les seringues à usage unique constituent pourtant des moyens essentiels de prévention du VIH/sida.
Insuffisance du budget
Une source auprès du ministère de la Santé publique confirme l’insuffisance du budget alloué à cette lutte ainsi que la faible participation de l’État. « Le gap est important », précise-t-elle, tout en soulignant les efforts déployés pour rechercher des partenaires financiers. Pour la période 2027-2029, le Fonds mondial a accordé une enveloppe de 116 millions de dollars destinée à la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida. Depuis l’année dernière, l’État participe également au financement, conformément aux recommandations des partenaires. Pour cette année, sa contribution aurait été portée à 100 % de son engagement prévu. « Ces financements ne couvrent que 13 % du budget de la stratégie nationale de lutte contre le sida. Pour le reste, nous recherchons encore des partenaires », ajoute la source.
Le manque de financement n’est toutefois pas la seule difficulté. Une partie de la population reste également confrontée à des obstacles au dépistage. « Beaucoup affirment que le sida n’existe pas et ne se font donc pas dépister. Le diagnostic est alors souvent tardif, posé à un stade avancé de la maladie, ce qui conduit malheureusement à des décès. Pourtant, une prise en charge à temps permet d’éviter cette issue fatale », insiste le Dr Ravelohanta.
Faire un test de dépistage peut sembler être un geste simple. Pourtant, pour certains jeunes, la peur du résultat, le regard des autres ou le manque d’informations suffisent à repousser cette démarche. D’autres ignorent où se rendre ou peinent à trouver un moment pour consulter.
Le virus peut pourtant être contrôlé lorsqu’il est détecté à temps. Le VIH s’attaque progressivement au système immunitaire, notamment aux cellules CD4, qui protègent l’organisme contre les infections. Sans prise en charge, l’affaiblissement des défenses immunitaires peut conduire au stade avancé de l’infection, le sida, et favoriser l’apparition d’infections opportunistes. Les traitements antirétroviraux (ARV) permettent de freiner la multiplication du virus et de préserver le système immunitaire. Ils ne guérissent pas définitivement l’infection, mais permettent aux personnes vivant avec le VIH de vivre longtemps, à condition de suivre régulièrement leur traitement.
Manque d’informations
La peur du dépistage reste néanmoins présente. « Je sais que je devrais faire un test, mais j’hésite. Si quelqu’un me voit entrer dans un centre de dépistage, que va-t-il penser de moi ?», confie Fanantenana, une étudiante. Pour Andrianina Rakotonirina, l’obstacle est aussi lié au manque d’informations pratiques. « Je voudrais connaître mon statut, mais je ne sais pas vraiment où m’adresser. Les horaires des centres de santé correspondent souvent à mes heures de cours », explique-t-elle. Ces témoignages montrent que la connaissance des risques ne suffit pas toujours à franchir le pas du dépistage.
Les difficultés ne s’arrêtent pas au dépistage. Dans les structures de santé, la prise en charge devient également plus complexe. Une présentation faite lors du forum fait état d’une augmentation des consultations et de cas hospitalisés plus lourds. Les équipes doivent composer avec une surcharge de travail et des ressources humaines insuffisantes. Le manque de matériel, notamment informatique, complique également le suivi des patients.
L’accès à certains examens, comme le test TB-LAM et la recherche de l’antigène cryptococcique, reste limité. Des difficultés sont également signalées pour obtenir certains traitements contre les infections opportunistes, notamment l’amphotéricine B liposomale et la flucyto…
2 461 centres de dépistage à Madagascar
Réparties dans les différentes régions, ces structures sont au nombre de 2 461 à Madagascar, dont 299 dans l’Analamanga. Toute personne peut s’y rendre volontairement pour connaître son statut sérologique. Elles comprennent notamment des centres de santé et des hôpitaux, qui assurent les tests et orientent les personnes déclarées séropositives vers une prise en charge adaptée. Le dépistage est gratuit et les résultats sont confidentiels.
Fanilo Mampianintsoa
