Le secteur du numérique entre dans une période charnière. Pour en saisir toutes les opportunités, une refonte du cadre légal s’avère nécessaire afin de changer d’échelle. Jonah Andrianantoanina, économiste et fondateur du CREM, livre son analyse.
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| Jonah Andrianantoanina, économiste et membre fondateur du CREM. |
Le paysage numérique malgache a bien changé. En l’espace de vingt ans, la part de la population connectée est passée de 1 % en 2005 à plus de 20 % en 2025, selon le récent rapport sur l’économie numérique publié par la GSMA. Mais le cadre réglementaire ne suit pas : pour régir le secteur du numérique et d’Internet, la Grande Île dispose d’un texte datant de 2005.
« La loi encore en vigueur est totalement dépassée. Elle date de 2005 : peu de gens utilisaient alors Internet, et le smartphone connecté d’aujourd’hui n’existait pas encore », explique Jonah Andrianantoanina, économiste et fondateur du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (CREM). Cette loi a donc mal vieilli et est devenue presque obsolète pour un secteur qui continue de croître.
L’universitaire rappelle : « Madagascar est déjà présent dans la chaîne de valeur de l’IA par le travail d’annotation : la majeure partie de la préparation des données d’entraînement des entreprises françaises d’IA y est réalisée. » D’après l’économiste, la présence malgache dans le domaine du numérique doit s’étendre à d’autres secteurs d’activité. « Le pays représente encore moins de 0,1 % des offres d’emploi et du code liés à l’IA en Afrique, il y a donc une marge de progression considérable. Mais sans un Internet accessible à tous, ces atouts resteront vains », explique Jonah Andrianantoanina.
Richesse
Le gouvernement, de son côté, veut faire adopter un nouveau projet de loi sur le secteur du numérique. Déposé fin août 2026, le projet de loi n° 040/2026 sur les communications électroniques et les infrastructures numériques doit être examiné durant la session parlementaire actuelle.
Pour Jonah Andrianantoanina, l’enjeu de cette refonte législative dépasse largement les télécoms : il touche à la croissance, à l’emploi et à la place de la Grande Île dans la course à l’intelligence artificielle. « Le gouvernement porte actuellement devant l’Assemblée nationale un nouveau projet de loi sur l’Internet et le numérique. Il s’agit d’un texte d’une importance majeure pour les consommateurs comme pour l’économie », a-t-il déclaré à la presse.
Il ajoute : « Cette nouvelle loi, avec l’ensemble des réformes numériques engagées, pourrait apporter beaucoup de richesse à l’économie nationale : environ 4 000 milliards d’ariary de PIB supplémentaire en 2031 et quelque 330 000 emplois liés au numérique. Tous les secteurs seraient transformés, jusqu’à l’agriculture. »
Cette réforme, si elle est adoptée, interviendra ainsi plus de vingt ans après la loi de 2005. « Ce texte arrive au moment où le monde entre dans la quatrième révolution industrielle, avec l’irruption massive de l’intelligence artificielle dans l’économie mondiale. Madagascar n’a pas le droit de rater le coche », explique l’économiste. Le projet de loi sur le numérique vise en effet à lever plusieurs verrous dans le secteur, notamment pour attirer de nouveaux investisseurs.
Itamara Otton
