| Une équipe de dédétiseurs à l’œuvre, sillonnant les ruelles de la capitale pour atteindre toutes les maisons. |
Les problèmes d’hygiène et d’assainissement ne datent pas d’une période récente. Déjà, sous la royauté bien des missionnaires s’évertuent à soigner les malades avec les moyens dont ils disposent. Et sous la colonisation, les services sanitaires ont fort à faire et leur action porte en priorité sur quatre points.
Comme le signale en 1968 Gerald Donque de la Faculté des Lettres et des sciences humaines d’Antananarivo, dans la capitale, les premiers efforts sont concentrés sur la lutte contre les différents vecteurs de maladie : poux, puces, moustiques, mouches et autres insectes, chiens errants, rats, etc. Deux fois par an, toutes les maisons de la capitale sont traitées par pulvérisation d’insecticides à effets rémanents.
Pendant la saison sèche, des équipes spécialisées assainissent les zones urbaines susceptibles d’abriter des insectes dangereux (buissons, fourrés, marais…). Contre les rats, l’emploi d’anticoagulants donne de bons résultats. Enfin, la municipalité fait abattre les chiens qui errent la nuit, « systématiquement par fusillade ». Les autorités municipales décident aussi la désinfection sanitaire des maisons où des maladies contagieuses ont été signalées, comme la peste, tandis que les personnes qui ont été en contact avec le malade, sont mises en observation au lazaret.
En outre, il y a également la protection des denrées alimentaires de toutes sortes. C’est dans le domaine de l’eau potable que les efforts sont les plus récompensés. « Une station d’épuration de l’eau- puisée dans le lac de Mandroseza- assure une eau biologiquement pauvre aux Tananariviens, contrôlée journellement à la sortie de l’usine dans les canalisations et chez les particuliers. » En revanche, pour les autres produits alimentaires, « l’insuffisance du personnel de contrôle rend vaine toute législation protectrice bien au point ». Il y a enfin la vaccination obligatoire dans les écoles et les campagnes d’information en matière d’hygiène et de médecine.
Dans les premières années de l’Indépendance, on constate que cet ensemble de mesures préventives s’accompagne d’un gros effort d’équipement médical. Deux grands hôpitaux publics- auxquels s’ajoute une bonne clinique privée- existent, d’une capacité totale de 1 800 lits. « Un grand complexe hospitalier va surgir à Ampefiloha (capacité 740 lits »). Des dispensaires répartis dans les quartiers de la ville, des hôpitaux secondaires, plus ou moins spécialisés, des postes d’infirmerie, des instituts sanitaires complètent cet ensemble.
« En tout, la capacité d’hospitalisation représente près de 2 600 lits actuellement, en 1968 (dont 600 de maternité) soit un lit pour 130 habitants et l’équipement de ces formations, satisfaisant et moderne dans l’ensemble, est servi par un personnel qualifié. Le résultat de tous ces efforts a été de faire disparaître ou d’atténuer très fortement à Antananarivo les infections contagieuses. »
Gerald Donque en évoque certaines. Le paludisme, inconnu sur les Hautes-Terres avant l’arrivée des Français, a presque disparu d’Antananarivo. Du reste, les moustiques y sont rares, en grande partie grâce à l’aspersion systématique de DDT et autres produits sur les grands marécages du nord et de l’ouest de la ville. « Mais la menace représentée par les cas d’importation en provenance des régions côtières se maintient et les cas de contamination à partir de ces cas importés ne sont pas rares. »
La peste dont la présence à Madagascar est relevée en 1898, touche les Hautes-Terres en 1921. Elle y sévit surtout sous formes bubonique et parfois septicémique et pulmonaire. « Le dernier cas isolé remonte en 1963 », mais la menace demeure permanente, car les rats pullulent et, selon l’Institut Pasteur, un fort pourcentage d’entre eux est atteint de cette maladie. La rage est également en régression en 1968, contrairement à la diphtérie qui semble représenter un danger encore sérieux. De même, la rougeole revêt « brusquement une gravité exceptionnelle » chez les jeunes enfants.
Les maladies vénériennes se caractérisent par une recrudescence de la blennorragie (27 000 cas traités au dispensaire municipal d’Antananarivo en 1966). Mais là, le problème est directement lié à celui de la prostitution florissante, la nuit venue, dans les artères de la ville, « absolument incontrôlée pour l’instant ». Enfin, les autres maladies contagieuses demeurent rares.
Pela Ravalitera