CONJONCTURE - L’inflation érode le pouvoir d’achat

La hausse des prix contraint les familles à revoir leurs priorités. Malgré l’appréciation de l’ariary au cours des neuf premiers mois de l’année et la progression des exportations, le pouvoir d’achat reste sous pression. La Banque centrale prévoit une inflation de 9,3 % en décembre 2026, avant un ralentissement attendu à partir du deuxième trimestre 2027.

La hausse des prix contraint les ménages à adapter leurs achats  à leur pouvoir d’achat.

À l’approche de la fin du mois, les arbitrages se multiplient dans les foyers. Payer le loyer, régler les factures d’électricité, assurer la scolarité des enfants et acheter de quoi se nourrir deviennent les priorités. Les dépenses non indispensables sont progressivement abandonnées. Avec environ 800 000 ariary de revenus mensuels, Hantasoa Claudia explique que son ménage ne parvient plus à constituer une épargne suffisante.

« Les dépenses incontournables passent en premier : le loyer, la Jirama, les frais de scolarité des enfants, le salaire de l’employée de maison, puis le budget alimentaire pour le mois suivant. Il ne reste presque plus d’épargne. Lorsqu’une dépense imprévue survient, notamment un problème de santé ou une autre obligation, il faut puiser dans les économies. Les autres dépenses ne sont donc plus possibles et doivent être abandonnées », témoigne-t-elle.

Cette situation se reflète dans les habitudes d’achat. Un autre père de famille explique que les revenus du foyer permettent encore de couvrir les dépenses essentielles, mais que les achats supplémentaires sont désormais financés par les économies accumulées progressivement. Sur les marchés de quartier, les commerçants constatent également que les clients achètent moins. Ils privilégient les quantités correspondant à leur budget, quitte à renoncer à certains produits.

À Antananarivo, certains consommateurs essaient généralement de consacrer autour de 10 000 ariary par jour aux produits courants : riz, huile, café, sucre et charbon. Pourtant, cette somme ne permet plus de remplir le panier comme auparavant. Certains articles qui coûtaient environ 10 000 ariary atteignent désormais 20 000 ariary, selon les observations recueillies sur les marchés.

L’inflation résiste à l’appréciation de l’ariary

Le riz connaît toutefois des évolutions différentes selon les régions et les variétés. Les prix relevés sur les marchés montrent que les écarts restent importants selon les lieux d’approvisionnement. Les stocks disponibles, les coûts de transport et les conditions de commercialisation influencent également les prix payés par les consommateurs.

Les difficultés des ménages interviennent dans un contexte de persistance des tensions inflationnistes. Dans son rapport sur la politique monétaire publié le 3 novembre 2026, Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) indique que l’inflation est passée de 6,8 % en mars à 8,6 % en septembre. Les produits alimentaires enregistrent une hausse de 10,4%, tandis que les prix de l’énergie progressent de 5,1%. L’inflation sous-jacente, qui exclut le riz et l’énergie, atteint 11,4 %.

La Banque centrale prévoit une inflation de 9,3 % en décembre, avant un ralentissement à partir du deuxième trimestre 2027. Son objectif reste de ramener la hausse des prix à 5 % à moyen terme. Pour contenir les pressions inflationnistes, elle a maintenu son taux directeur à 12,50% le 3 novembre.

L’évolution de la monnaie nationale apporte néanmoins un élément de contraste. Entre décembre 2025 et septembre 2026, l’ariary s’est apprécié de 3,3 % face au dollar et de 6,4 % face à l’euro, selon les données de la BFM. Cette évolution pouvait favoriser une réduction du coût des produits importés. Mais ses effets sur les prix à la consommation restent limités et dépendent aussi des stocks, du transport, des marges commerciales et des coûts locaux.

La tendance s’est d’ailleurs révélée plus fragile en octobre. Entre le 1er et le 12 octobre, le dollar s’échangeait en moyenne à 4 543,7 ariary, sous l’effet notamment de la demande de devises destinée au règlement des importations de produits pétroliers. Les réserves de change atteignent 3 602,8 millions de dollars, soit environ six mois et douze jours d’importations.

Le maintien du taux directeur à 12,50 % illustre également la difficulté de concilier stabilité monétaire et relance économique. « La hausse du taux directeur soulève une question : comment concilier la lutte contre l’inflation avec la volonté de relancer l’activité économique?», souligne l’économiste David Rakoto. Une politique monétaire restrictive vise à contenir les tensions sur les prix et à préserver la monnaie, mais elle peut aussi renchérir le coût du crédit pour les entreprises. Un arbitrage délicat alors que la reprise de l’activité reste nécessaire pour soutenir les revenus et l’emploi.

La croissance économique pour 2026 est estimée à 3,5 % par la BFM. Son indicateur infra-annuel d’activité a progressé de 6,1 % au troisième trimestre. Le tourisme, les services privés, les technologies de l’information et des télécommunications, les filières agricoles d’exportation et les activités minières figurent parmi les secteurs susceptibles de soutenir la production et l’emploi.

En attendant le ralentissement annoncé de l’inflation, les familles continuent d’ajuster leurs budgets. Elles préservent le logement, l’électricité, la scolarité et l’alimentation, tout en sacrifiant les autres dépenses. L’évolution de l’ariary, les recettes d’exportation et les perspectives de croissance ne prendront tout leur sens que lorsqu’elles se traduiront par une amélioration concrète des revenus et des conditions de vie.

Lucia Rabarijaona

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