L’enquête sur le vaste trafic présumé de gasoil destiné à la centrale thermique de la Jirama à Amporaha connaît une avancée majeure.
![]() |
| Le procureur évoque le mode opératoire présumé mettant en cause plusieurs catégories d’intervenants. |
Le procureur de la République près le tribunal compétent, Edmé Damase Tambison, a présenté les premiers résultats des investigations, mettant en lumière l’ampleur d’une affaire qu’il qualifie de « gigantesque ».
Menées par la section criminelle de la gendarmerie nationale, les investigations ont abouti au déferrement de dix-sept personnes devant le parquet, dans la soirée du 3 novembre. Toutes ont été placées en détention provisoire.
L’affaire est toutefois loin d’être close. Le procureur a indiqué que les recherches se poursuivent activement pour retrouver les fuyards, notamment le propriétaire d’une infrastructure ayant servi de base aux opérations de détournement. Des avis de recherche ont été diffusés par la Gendarmerie nationale et toutes les réquisitions nécessaires ont été établies pour accélérer les investigations. Aucune piste n’est négligée afin de faire toute la lumière sur ce réseau.
Face à la presse, le procureur a détaillé les cinq principaux chefs d’accusation retenus contre les mis en cause : le vol de gasoil, la complicité, l’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, l’abus de confiance et l’association de malfaiteurs.
Le premier concerne le vol de gasoil, qui constitue le cœur de l’affaire. Mais les faits ne se limitent pas à un simple détournement de carburant. Le parquet retient également l’atteinte à la sûreté intérieure de l’État.
Tout un système
« Les actes incriminés sont susceptibles de provoquer des perturbations de l’ordre et de la sécurité publics. Nous ne sommes pas sans savoir les tensions politiques qu’a connues le pays, dans un contexte marqué par les difficultés d’approvisionnement en électricité », a rappelé le magistrat.
L’enquête met ainsi en évidence l’existence d’un réseau de commercialisation illicite du carburant de la Jirama, dont les agissements ont directement contribué aux dysfonctionnements de la compagnie nationale. Ce trafic ne daterait pas d’hier : une véritable infrastructure avait été aménagée à Morafeno pour faciliter les opérations frauduleuses, où un dispositif de détournement a été découvert. D’après le procureur, des faits similaires s’étaient déjà produits le 21 septembre.
Le troisième chef d’accusation porte sur l’abus de confiance. Des chauffeurs et des transporteurs, chargés d’acheminer le gasoil vers sa destination officielle, auraient volontairement détourné leurs camions-citernes. D’autres individus sont par ailleurs poursuivis pour complicité active dans l’achat et l’écoulement du carburant.
Enfin, le volet concernant l’association de malfaiteurs met en lumière une organisation informelle et structurée, impliquant une station-service Shell, des transporteurs, une compagnie pétrolière ainsi que des responsables et agents de la Jirama.
Les explications du procureur révèlent un mode opératoire bien rodé. Certains individus intervenaient directement sur les tuyaux de transfert du carburant, tandis que d’autres facilitaient les opérations par des validations administratives, tant du côté des transporteurs que de la Jirama. Des agents chargés du contrôle des sorties de marchandises et des mouvements de véhicules figurent également parmi les personnes inquiétées.
Par ailleurs, les autorités ont procédé à la saisie de l’ensemble des équipements du site de Morafeno. Les installations suspectes ont été démontrées afin de neutraliser définitivement le dispositif et d’empêcher toute récidive.
Raheriniaina
