ANTSIRANANA - La crise de l’eau s’intensifie

La crise de l’eau prend une ampleur préoccupante dans la capitale du Nord, où les ménages peinent de plus en plus à satisfaire leurs besoins quotidiens. 

Chaque jour, de nombreux bidons s’alignent devant  les bornes-fontaines, comme en témoigne cette scène.

Avec un déficit journalier de 13 000 m³ par rapport à la consommation nécessaire de la ville, l’approvisionnement en eau potable devient une véritable source d’inquiétude.

La situation se détériore à Antsiranana. Dans une récente communication, la Jirama fait état d’une baisse particulièrement importante des réserves d’eau à la source de Besokatra-Joffreville. Le niveau de ces réserves est encore plus préoccupant que celui observé au cours des deux derniers mois. Cette diminution menace directement l’approvisionnement en eau du chef-lieu de la région Diana.

Les données communiquées illustrent l’ampleur du déficit. Pour des besoins quotidiens évalués à 30 000 m³, la Jirama ne produit actuellement que 17 000 m³. Il manque ainsi 13 000 m³  chaque jour pour répondre à la demande. Cette insuffisance de production affecte directement la distribution dans les foyers et rend l’accès à l’eau potable de plus en plus difficile.

Certes, la région traverse actuellement la saison sèche, une période traditionnellement marquée par la diminution des ressources hydriques. Mais, pour de nombreux habitants, la pénurie d’eau ne constitue nullement un phénomène saisonnier. Elle s’est progressivement installée dans leur quotidien, au point de devenir une réalité permanente.

Fragilisation

« Ce n’est pas seulement maintenant. Toute l’année, que ce soit pendant la saison des pluies ou la saison sèche, nos robinets restent parfois à sec pendant deux ou trois jours. Nous sommes obligés de stocker de l’eau dans des bidons jaunes et de rester éveillés jusque tard dans la nuit pour en récupérer», témoigne Soariziky, une mère de famille du quartier de Morafeno. Un témoignage qui traduit le ras-le-bol de nombreux ménages, confrontés à des difficultés récurrentes d’approvisionnement.

Dans sa communication, la Jirama avance plusieurs facteurs pour expliquer la diminution des ressources en eau à Besokatra-Joffreville. Elle évoque notamment l’absence de pluies significatives, liée aux changements climatiques, ainsi que la dégradation de la forêt sous l’effet des activités humaines. Cette dégradation est particulièrement perceptible dans le district d’Antsiranana-II. La production de charbon de bois, les coupes illicites de bois et les feux de végétation participent à la destruction des espaces forestiers et contribuent à la fragilisation des ressources naturelles.

La société productrice d’eau relève également des difficultés liées à l’acheminement de la ressource vers la ville. Avant de parvenir aux consommateurs, l’eau doit traverser plusieurs zones où des prélèvements sont effectués. La Jirama signale notamment des détournements à des fins agricoles, en particulier pour l’irrigation des plantations de khat situées aux abords du lac de Besokatra.

En milieu urbain, la multiplication des stations de lavage automobile utilisant des équipements à haute pression suscite également des interrogations. Implantés dans différents quartiers d’Antsiranana, ces établissements mobilisent des quantités importantes d’eau pour leurs activités. Certains consommateurs s’interrogent ainsi sur les conséquences de cette utilisation sur les volumes disponibles pour les ménages. Des riverains font notamment remarquer que certains secteurs abritant ces stations semblent moins affectés par les coupures, notamment la Cité ouvrière.

Cette situation favorise également le développement d’un petit commerce de revente d’eau. Des vendeurs ambulants, communément appelés « Roagna », sillonnent les quartiers avec leurs pousse-pousse pour approvisionner les ménages. 

Raheriniaina

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