Une bonne entente entre vainqueurs et vaincus

Le lac Alaotra est très poissonneux et d’une grande variété,  dont les « besisika », carpes royales et tilapias inondent le marché. 

Après l’Imerina du Nord et du Nord-Est, la troupe merina conduite par Rafaralahy et James Hastie atteint le pays sihanaka. D’après Jean Valette, dans son « Journal », l'agent anglais ne donne aucune limite au pays sihanaka. L’archiviste-paléographe considère que James Hastie le traverse de la rivière Mananara, le 27 juin 1822, jusqu’au mont Ampangalambotsy, le 7 juillet 1822. Ce qui représente trois régions naturelles bien distinctes.

Le 28 juin, James Hastie parcourt, de la Mananara au mont Ambohidrafidy, une région accidentée, déboisée, très peu cultivée. « Nous n’avons pas vu un arbre de l’après-midi et à peine quelques bouquets de verdure, quelques lopins de terre mis en culture… » En revanche, le 29 juin, il signale l’orée de la forêt. Le 30 juin, il arrive dans la cuvette de l’Alaotra. Là, il rencontre de « belles plaines » et des terres basses, marécageuses qui « produisaient une variété de jonc qui sert tout à la fois de matériau pour la construction des cases des quelques habitants qui vivent dans les environs, et de riches pâturages pour leurs petits troupeaux ».

Le 1er juillet, dans les environs d’Ambohidava et au fur et à mesure que James Hastie approche de ce village, les rizières deviennent de plus en plus nombreuses. La situation change en quelques kilomètres. Car au début de la matinée, s’il signale « de vastes marais… propices aux cultures », il ajoute que « la plus grande partie (en est) entièrement laissée à l’abandon ».

En revanche, aux approches d’Ambohidava, il est quelque peu admiratif lorsqu’il écrit que « les rizières des environs sont vraiment très vastes et on y cultive une grande quantité » de riz que l’on voit en tas sur le sol. D’après lui, il semble « qu’il y en ait beaucoup plus que ne peuvent en consommer les habitants ». C’est la première fois que James Hastie signale un excédent de récolte et donc une source de commerce.

La même densité de culture est constatée le long du chemin qui mène d’Ambohidava à Ambaton-drazaka, puis au nord de ce village « pendant environ 5 miles ». « Nous continuons notre route la plupart du temps, à travers des rizières beaucoup plus vastes que toutes celles que nous avons vu dans la région. » Par la suite, et jusqu’aux environs du village de Marosalaza, l’agent anglais signale encore des terres cultivées, mais le riz semble céder le pas à d’autres cultures « manioc, maïs, canne à sucre, tabac, pois, bananiers, taros et coton ». 

Jean Valette relève, d’après cette description de James Hastie, l’existence aux alentours du lac Alaotra d’une région rizicole en plein rapport, bien mise en culture, fournissant à ses habitants de quoi subsister en abondance « et même au-delà ». Mais, ajoute l’archiviste-paléographe, la région traversée par Hastie est une zone de faible étendue, de la colline d’Antanetikely au Sud, au mont Ampan-galombolotsy à l’Est. « De même, la population semble relativement nombreuse dans cette région rizicole et plus clairsemée sur son pourtour. »

L’auteur revient alors sur la conquête de l’Antsihanaka par les Merina, dont « les circonstances sont mal connues ». D’après les « Tantara ny Andriana eto Madagascar » du R.P. Callet, « il y a eu avant Andrianampoinimerina, une importante poussée sihanaka qui a occupé des territoires relevant incontestablement de l’habitat et de la mouvance merina.» Et l’archiviste-paléographe relève quelques points.

Un premier point semble assuré. L’expression utilisée par James Hastie est la suivante : « Rafaralahy qui commandait l’armée du roi quand le territoire fut pris », ne laisse subsister aucun doute. Deuxième point : il semble aussi que la conquête n’est pas trop sanglante. La description donnée par l’agent anglais ne donne pas l’impression d’un pays ravagé et ensanglanté par la guerre et l’accueil fait par Ambohidava à son vainqueur, « reçu avec de grandes démonstrations de joie », laisse supposer que la guerre ne laisse pas de rancœurs excessives. Les démonstrations d’amitié sur le chemin d’Ambohidava à Ambaton-drazaka confirment ce point.

La réunion des principaux chefs de l’Antsihanaka à Ambaton-drazaka, le 3 juillet, est aussi sympto-matique d’une entente sans réserve entre vainqueurs et vaincus. « Une telle entente, quelques années seulement après la conquête, montre que celle-ci a dû être relativement pacifique. La question méritera d’être reprise. » À la date du 26 juin, James Hastie signale que le village d’Ambohi-manoa « ainsi qu’un certain nombre d’autres villages des alentours » appartiennent à Rafaralahy et que ce personnage fait élever sur ses domaines « de nombreux troupeaux » de bœufs. À n’en pas douter, il s’agit là d’un fief, en plein territoire d’origine merina, ce qui est confirmé par l’existence à Ambohitsitakatady du tombeau de l’un des fils de Rafaralahy.

Pela Ravalitera

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