TRANSPORT URBAIN - Le taxi-be dans le budget quotidien des ménages

Pour des milliers d’usagers d’Antananarivo, le taxi-be constitue une dépense quotidienne incontournable. Selon le nombre de véhicules empruntés, la distance parcourue et les conditions du trajet, le transport peut représenter une part significative du budget mensuel.

Les taxi-be restent au cœur des déplacements quotidiens à Antananarivo, entre contraintes d’exploitation et pouvoir d’achat des usagers.

Pour Tina, le calcul commence chaque matin avant même d’arriver au travail.

Cette salariée effectue quotidiennement le trajet entre Alakamisy Fenoarivo et Ankorondrano. Elle prend deux taxi-be à l’aller, à 600 puis 800 ariary, et effectue le même parcours au retour. Chaque journée de travail lui coûte ainsi 2 800 ariary en transport.

Sur vingt-six jours, la dépense atteint environ 72 800 ariary par mois. Rapportée à son salaire de 450 000 ariary, elle représente 16,2 % de son revenu mensuel. En un mois, c’est donc près d’un ariary sur six qu’elle consacre uniquement à ses déplacements domicile-travail. Il lui reste environ 377 200 ariary pour couvrir ses autres besoins.

« Ce qui me pèse le plus, c’est de voir que les 600 et les 800 ariary s’additionnent chaque jour. Au bout du mois, cela représente déjà une grosse partie de mon salaire », témoigne-t-elle. Pour préserver son budget, elle apporte son repas au travail et limite autant que possible les petites dépenses quotidiennes.

Le prix d’un ticket ne suffit donc pas toujours à mesurer le poids réel du transport dans le budget familial.

Pour celui qui doit emprunter deux véhicules pour rejoindre son travail puis deux autres pour rentrer, ce sont quatre paiements quotidiens qui s’additionnent.

Bebilalaina, également usagère des transports en commun, explique qu’en soirée les taxi-be peuvent devenir difficiles à trouver. Pour limiter ses dépenses, elle choisit parfois de parcourir à pied le trajet entre Anosy et Ampitatafika.

D’autres passagers interrogés évoquent également le tapa-dalana, qui peut obliger à changer de véhicule et donc à payer de nouveau pour terminer son trajet.

Pour ces usagers, le coût du déplacement ne se mesure donc pas seulement au tarif d’un ticket : il dépend aussi du nombre de véhicules nécessaires pour arriver à destination.

De l’autre côté, les comptes du taxi-be

Les transporteurs ont eux aussi leurs propres calculs.

Faire circuler quotidiennement un taxi-be implique le carburant, l’entretien, les réparations, l’assurance, les taxes, les visites techniques, les versements au propriétaire ou à la coopérative et, pour certains véhicules, le remboursement d’un crédit.

Sur la ligne E, un exploitant interrogé fait état d’environ 160 000 ariary de carburant par jour et d’un versement de 90 000 ariary au propriétaire. Dans ce cas précis, 250 000 ariary doivent donc être générés quotidiennement avant même de prendre en compte la rémunération de l’équipage et certaines autres dépenses.

La situation varie cependant fortement d’un véhicule et d’une ligne à l’autre.

Sur la ligne 194, une autre exploitante évoque notamment les dépenses liées à l’entretien, à l’assurance, aux visites techniques et aux démarches administratives.

Pour certains propriétaires, s’ajoute encore le financement du véhicule. Une exploitante interrogée indique par exemple avoir acquis un Sprinter de 27 places grâce à un financement de 32 millions d’ariary sur trente-six mois, avec une échéance mensuelle annoncée d’environ 1,063 million d’ariary.

Ces exemples ne constituent pas une moyenne de l’ensemble du secteur. Ils illustrent la diversité des charges auxquelles les exploitants peuvent être confrontés selon le véhicule, la ligne, les rotations et les conditions d’exploitation.

Un même déplacement fait ainsi apparaître deux réalités économiques.

Pour le passager, quelques centaines d’ariary répétées plusieurs fois par jour deviennent plusieurs dizaines de milliers d’ariary à la fin du mois.

Pour le transporteur, chaque journée d’exploitation doit permettre de couvrir le carburant, l’entretien du véhicule et les différentes charges liées à l’activité.

Quoi qu’il en soit, le tarif pratiqué ne peut pas être ajusté unilatéralement. Toute modification de grille tarifaire demeure encadrée par la réglementation : les coopératives doivent obligatoirement notifier la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) au moins 15 jours à l’avance, tandis que l’Agence des transports terrestres (ATT) veille au maintien d’un tarif unique et régulier par ligne.

Entre des charges qui pèsent sur l’exploitation et un pouvoir d’achat restreint chez les usagers, le taxi-be reste l’axe central du quotidien des habitants de la capitale.

Lucia Rabarijaona et Fanilo Mampianintsoa

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