Santé passe richesse

Un appel à la solidarité pour pouvoir se soigner. C’est désormais le lot de plusieurs artistes en particulier, et la plupart des personnes atteintes de maladies chroniques. Après Éric et Honorat du groupe Fou Hehy, voilà l’emblématique chanteur du groupe Mahaleo, Bekoto, lui aussi contraint de passer par le même chemin. Victime d’une agression au bois rond en 2023, Bekoto nécessite des soins appropriés urgents à l’étranger. Il y est déjà depuis la tournée des Mahaleo Taranaka au cours de laquelle Dama, le leader du groupe, a d’ailleurs révélé la mauvaise nouvelle. 

Les artistes peuvent compter sur leur popularité et le soutien de leurs fans ainsi que celui des pouvoirs publics pour pouvoir se soigner. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Rien que pour pouvoir bénéficier d’une évacuation sanitaire, les conditions à remplir et les formalités exigées sont pour le moins compliquées. La suite ne l’est pas moins surtout si une greffe d’organe est nécessaire. Il faut trouver un donneur et il doit également remplir certaines conditions. 

Le dossier (voir par ailleurs) montre que les coûts des soins des maladies chroniques en particulier, et des maladies tout court sont hors de prix. Santé passe richesse prend alors un autre sens et signifie santé réservée aux riches. C’est, hélas, la réalité vécue tous les jours dans les centres de santé publics où des patients sont contraints de rentrer faute de moyen ou meurent en silence loin de toute empathie ou oubliés par les obligations de sauver une vie. Et la situation est, de plus, compliquée étant donné la flambée du prix des médicaments. On ne sait plus si c’est la fluctuation de l’ariary, le cours de l’euro ou la guerre en Ukraine ou dans le détroit d’Ormuz qui en est la cause. Ce sont, dans tous les cas, des prétextes rabachés pour justifier une hausse alors qu’au départ le prix du médicament n’a pas changé ou très peu. C’est comme le délestage, tous les prétextes sont bons du moment qu’ils bernent les abonnés.

Paradoxe d’une société mondialisée et impitoyable, c’est dans les pays pauvres que le traitement et les soins coûtent chers. C’est dans les pays pauvres où la part du PIB investie dans la santé est la plus faible. C’est dans les pays pauvres qu’on préfère rénover le parc automobile des ministères et institutions à équiper les centres de santé. C’est dans les pays pauvres que le budget alloué à la défense et aux institutions dites démocratiques est cent fois plus important que celui de la santé.

Les priorités ne sont pas prêtes de changer. Certes, il y a des inaugurations de nouveaux centres de santé par ci par là mais ils ne sont pas inscrits dans une politique de protection sociale ou ce sont des initiatives du secteur privé. 

Pour que la santé soit véritablement la première richesse, il va falloir revoir les priorités. Si on continue à assurer un service minimum dans ce domaine crucial, on n’aura pas avancé d’un pas et Bekoto ne sera pas le dernier à devoir lancer un SOS pour pouvoir se soigner. Bon rétablissement.

Sylvain Ranjalahy

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne