SANTÉ - La lutte contre le tabagisme régresse

Reboisement, dons de matériel médical… Sous couvert de RSE, les cigarettiers utilisent les initiatives de développement local pour renforcer leur influence à Madagascar.

Le tabac continue de tuer.

Projets de reboisement dans les régions tabacoles, donations d’équipements dans les centres de santé… À Madagascar, l’industrie du tabac multiplie les actions sous le label de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE). 

Mais derrière ces initiatives présentées comme des contributions au développement, les acteurs de la santé publique dénoncent une stratégie d’ingérence redoutable, destinée à redorer l’image des cigarettiers et à séduire les décideurs locaux. Ce détournement de la RSE est directement pointé du doigt par le rapport international Global Tobacco Industry Interference Index 2025. 

En utilisant ces actions philanthropiques pour tisser des liens étroits avec les communautés et les autorités, l’industrie contourne les principes de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par Madagascar il y a près de vingt ans. 

Résultat : le pays régresse. Son niveau d’ingérence est passé de 69 sur 100 en 2023 à 73 en 2025 (un score élevé traduisant une influence grandissante des industriels), classant la Grande Île au 78e rang sur 100 pays évalués. Sur le terrain, ce manque de fermeté face aux géants du secteur s’accompagne d’une hausse préoccupante de la consommation. Madagascar détient aujourd’hui le triste record du taux de tabagisme le plus élevé d’Afrique, atteignant 27,8 % selon la plateforme Wisevoter (2024). 

Gouffre financier

Plus inquiétant encore, les jeunes sont en première ligne : 42,3 % des garçons et 15,6 % des filles fument. « J’ai commencé à fumer à 12 ans, en classe de 6e, par curiosité. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer », témoigne Ny Ando, élève de 4e dans un Collège d’enseignement général (CEG). La population en paye le prix fort, tant sur le plan humain que financier. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) attribue plus de 8 300 décès par an au tabagisme dans le pays. 

Pour les familles, la prise en charge des pathologies associées (cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires) constitue un gouffre financier : le traitement d’un cancer du poumon coûte en moyenne 10 millions d’ariary, poussant de nombreux ménages vers le surendettement et la précarité. Alors que l’article 5.3 de la CCLAT impose de protéger rigoureusement les politiques de santé publique contre les intérêts commerciaux du tabac, l’absence de réglementation encadrant les dons laisse le champ libre aux industriels. Pour les observateurs, il devient urgent d’encadrer strictement ces pratiques afin de préserver les choix stratégiques du pays et la santé des citoyens. 

Miangaly Ralitera

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