RÉFORME SCOLAIRE - Le défi de l’équité au BEPC

Un programme d’études entre en vigueur en cette année scolaire 2026-2027. Le ministère de l’Éducation nationale veut réduire l’écart entre ce qui s’enseigne à l’école et la vie quotidienne, via ce nouveau programme.

Des élèves d’un établissement scolaire public.

Trente ans après sa dernière révision, le programme scolaire a été remanié pour mieux répondre aux réalités actuelles. Entrée en vigueur durant l’année scolaire 2026-2027, la réforme concerne tous les niveaux, du primaire au lycée, dans les établissements publics et privés suivant le cursus de l’État. Sa mise en œuvre soulève toutefois des interrogations à l’approche du BEPC 2027, marqué par la coexistence de l’ancien et du nouveau programme.

« L’ancien programme montrait un décalage flagrant avec l’évolution de la société », explique Yves Martin Razafimandranto, directeur général de la Pédagogie auprès du ministère de l’Éducation nationale. Il cite notamment l’apprentissage de la lettre postale, sans référence aux messageries numériques, ou encore un ancien tarif de transport entre Antananarivo et Manakara fixé à 12 500 francs malgaches.

Au-delà de l’actualisation des contenus, la réforme vise à modifier les méthodes d’apprentissage. Le ministère entend privilégier la recherche, l’approfondissement des connaissances et leur application pratique, plutôt que la mémorisation de leçons. Selon le directeur général, les thématiques des deux programmes restent similaires à 80 %, mais l’approche pédagogique change.

Les nouveautés concernent notamment l’introduction des Sciences et Technologie dès le primaire, de l’anglais à partir de T4, ainsi que le remplacement de l’éducation civique par la discipline « Fanabeazana ho Olom-pirenena Vanona ». Au collège et au lycée, les contenus évoluent également. Le français s’appuie davantage sur des situations concrètes et des écrits pratiques, tandis que l’histoire, la géographie, les mathématiques et les sciences accordent une place plus importante aux réalités contemporaines, à l’application des connaissances et au traitement des données.

La transition se traduit par une organisation particulière des examens.

Deux catégories de sujets au BEPC

Selon la décision du ministère, appuyée par une note ministérielle, les candidats au BEPC 2027 composeront sur des sujets correspondant au programme suivi.

Le premier sujet, associé au Programme d’études (PE), concerne les candidats des établissements publics et des écoles privées ayant déjà adopté le nouveau programme. Il est sans option et comporte une épreuve d’anglais obligatoire.

Le second, associé au Programme scolaire (PS), est destiné aux candidats des établissements privés qui appliquent encore l’ancien programme. Il comprend deux sujets : l’un pour l’option A, avec anglais obligatoire, l’autre pour l’option B, sans épreuve d’anglais. La matière Arts ne figurera pas parmi les épreuves cette année.

Comment garantir l’équité entre des candidats préparés selon des programmes différents ? Le directeur général de la Pédagogie annonce que, contrairement aux années précédentes où les enseignants du public composaient habituellement les sujets, ceux du public et du privé participeront ensemble à leur conception. Chaque sujet sera élaboré en conclave afin d’éviter tout risque de « deux poids, deux mesures ».

Cette garantie institutionnelle ne dissipe cependant pas toutes les inquiétudes. Des élèves de troisième du CEG Antanimena déclarent mal connaître les changements et suivre essentiellement les enseignements de leurs professeurs. Nadia, élève d’un établissement privé, explique que son école poursuit l’ancien programme. Elle dit avoir appris que les candidats ne composeront pas tous sur les mêmes sujets.

Les parents expriment également leur inquiétude. Suzette Razafindranivo, dont l’enfant doit passer le BEPC, déplore le manque de clarté entourant la réforme. Elle redoute de nouvelles modifications à l’approche de l’examen. Les dépenses engagées pour les cours particuliers et les livres renforcent cette préoccupation. Ces témoignages soulignent l’importance d’informer clairement les établissements, les élèves et les familles sur les modalités applicables à chaque candidat.

Le ministère prévoit également des mesures pour limiter les écarts de notation. Avant le début des corrections, une commission d’entente réunira les membres du jury pour examiner les difficultés des sujets, recenser les réponses possibles et fixer les points à attribuer.

Chaque copie sera ensuite corrigée par deux enseignants travaillant séparément, sur des feuilles distinctes. En cas d’écart entre leurs évaluations, des discussions seront engagées pour arrêter la note définitive.

Les enseignants du public et du privé participeront aux corrections et devront maîtriser les contenus des deux programmes. Selon le ministère, cette organisation doit harmoniser les évaluations et renforcer l’équité entre les candidats.

La double correction et la concertation constituent ainsi les garanties annoncées pour prévenir les divergences de notation. Leur efficacité dépendra toutefois de l’application rigoureuse des procédures et de la capacité des correcteurs à s’accorder sur les réponses et les barèmes.

Cette session reste une période de transition. À terme, tous les établissements devront s’aligner sur le nouveau programme. Pour le BEPC 2027, le défi consiste à concilier cette évolution pédagogique avec une information claire des candidats et une évaluation équitable.

L'Express de Madagascar

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