À Andramasina, le kilo de pommes de terre tombe à 150 ariary dans certaines zones, alors qu’il peut atteindre 2 500 ariary dans certains points de vente de la capitale. Entre les pertes des producteurs, les frais de transport et les marges des intermédiaires, cet écart révèle les déséquilibres d’une filière agricole sous pression.
![]() |
| L’abondance des pommes de terre sur le marché fait chuter le prix au détriment des producteurs. |
Une récolte abondante, des producteurs perdants La récolte est abondante, mais les revenus ne suivent pas. Dans le district d’Andramasina, les producteurs de pommes de terre subissent une forte baisse des prix, conséquence notamment de l’afflux de marchandises sur les marchés. À Ambohijanaka, le kilo est descendu à 150 ariary, tandis que d’autres localités enregistrent des prix compris entre 150 et 300 ariary.
Pour les agriculteurs, l’urgence est d’écouler les récoltes avant qu’elles ne se détériorent. « Tous les producteurs de pommes de terre sont perdants dans la situation actuelle », déplore Hery Michel Ramanantsoa, agriculteur de la commune de Fitsinjovana.
Dans cette commune, qui compte parmi les zones productrices du district, les récoltes peuvent atteindre 12 tonnes par famille, selon les informations recueillies localement. Des dizaines de familles dépendent de cette activité pour vivre.
« Les pommes de terre doivent être vendues à bas prix, sinon elles pourrissent sur place. C’est aussi la période de préparation des plantations et de mise en eau des parcelles. Nous ne pouvons donc pas les laisser dans les champs : il faut les déterrer », explique Hery Michel Ramanantsoa.
La concurrence entre les zones de production accentue les difficultés. L’arrivée simultanée des pommes de terre de Faratsiho augmente l’offre et réduit les possibilités de négociation des agriculteurs d’Andramasina.
« Nos pommes de terre sont grosses, mais lorsque nous négocions avec les collecteurs, leur prix ne dépasse pas 300 ariary le kilo, alors qu’il devrait se situer entre 800 et 900 ariary », poursuit le producteur.
Cette chute des prix met en péril la rentabilité des exploitations. Selon les estimations communiquées, la production de 100 kilos de pommes de terre coûte entre 85 000 et 105 000 ariary, en tenant compte des semences, des engrais, des traitements et de la main-d’œuvre. Les semences représenteraient entre 45 000 et 60 000 ariary, contre 20 000 à 25 000 ariary pour les engrais.
À 150 ariary le kilo, la vente de 100 kilos ne rapporte que 15 000 ariary. Sur la base de ces estimations, la perte atteint donc entre 70 000 et 90 000 ariary pour cette quantité, avant d’éventuelles dépenses supplémentaires.
Rakotomanana, également producteur de pommes de terre, témoigne des difficultés à écouler les récoltes dans ce contexte de baisse des cours.
L’abondance de la production ne constitue toutefois pas la seule difficulté. Les agriculteurs disposent de peu de moyens pour conserver leurs récoltes et attendre une remontée des cours.
Selon Henitsoa Pascal Benjamin Razanadrakoto, adjoint au maire de Fitsinjovana, les collecteurs profitent de cette abondance pour acheter les pommes de terre à des prix très bas. La concurrence avec les produits provenant de Faratsiho complique également l’écoulement des récoltes.
Il relève aussi les difficultés de conservation des pommes de terre produites localement. Cette contrainte renforce l’urgence de vendre, même lorsque les prix ne permettent pas de couvrir les dépenses engagées.
Du champ aux étals, comment se forme le prix ?
Une étude du Fonds de développement agricole (FDA), publiée en 2023 sur les filières agricoles prioritaires de Madagascar, fournit un éclairage sur la formation des prix de la pomme de terre. Elle présente un circuit de commercialisation dans lequel le prix augmente successivement entre le producteur, le collecteur, le grossiste et le détaillant.
Pour les pommes de terre de gros calibre, l’étude fait état d’un prix de 260 ariary au niveau du producteur, de 450 ariary chez le collecteur, puis de 750 ariary à l’étape suivante. À Anosibe, le grossiste achète à 950 ariary et revend à 1 200 ariary le kilo. Le détaillant propose finalement le produit à 1 700 ariary.
Les marges calculées dans cette étude atteignent 300 ariary par kilo pour le collecteur, 250 ariary pour le grossiste et 500 ariary pour le détaillant. Il s’agit de marges commerciales calculées à partir des prix relevés, et non nécessairement de bénéfices nets après déduction de toutes les charges.
Cette reconstitution montre que chaque intermédiaire contribue à la formation du prix final. Les collecteurs regroupent les récoltes, tandis que les grossistes et les détaillants assurent les autres étapes de la distribution. Le transport, la manutention et les pertes éventuelles pèsent sur les comptes des différents acteurs.
Les prix récemment rapportés font apparaître des écarts plus importants. Entre un prix de 300 ariary le kilo au producteur et un prix de vente de 2 500 ariary dans la capitale, la différence s’élève à 2 200 ariary. Avec un prix de départ de 150 ariary, elle atteint 2 350 ariary.
Ces écarts ne constituent pas le bénéfice net des intermédiaires. Sans suivi d’un même lot du champ au point de vente, ils ne permettent pas non plus de déterminer précisément la répartition de la valeur au sein de la filière. Ils illustrent néanmoins le contraste entre les faibles prix proposés aux producteurs et ceux pratiqués dans certains commerces de la capitale.
Les commerçants mettent en avant les dépenses nécessaires à l’acheminement des marchandises. Les pommes de terre doivent être chargées dans les zones de production, transportées puis distribuées avant d’arriver sur les étals.
« Nous achetons le kilo à 600 ariary et le revendons à 1 200 ariary. Au final, le béné fice reste limité. Le transport et les autres frais réduisent considérablement ce qui nous reste », témoigne un vendeur de légumes. Selon lui, le transport d’un sac coûte environ 3 000 ariary.
Les difficultés d’accès à certaines zones agricoles compliquent encore la situation. À Andramasina, les routes en terre deviennent particulièrement difficiles à emprunter pendant la saison des pluies. Les transporteurs doivent composer avec des tronçons dégradés, tandis que les volumes acheminés varient selon la disponibilité des produits et l’état des voies.
« Nous transportons parfois cent sacs, parfois quatre-vingts, selon les marchandises disponibles. À Andramasina, certaines routes sont déjà aménagées, mais beaucoup restent en terre. Avec les pluies, elles se dégradent », explique Zaka Maminiaina, transporteur de produits agricoles.
Ces contraintes alourdissent les coûts logistiques et compliquent l’approvisionnement des marchés. Les éléments recueillis ne permettent toutefois pas de mesurer leur part dans l’écart entre le prix payé au producteur et celui affiché au détail.
Une filière à rééquilibrer
La saisonnalité accentue le déséquilibre. Lorsque les récoltes arrivent simultanément sur le marché, les producteurs ont peu de moyens pour négocier. Sans capacités de conservation suffisantes, ils sont contraints de vendre rapidement, même à perte. Les consommateurs, de leur côté, continuent de supporter les coûts de distribution et les marges commerciales.
L’amélioration des routes, le développement de solutions de conservation et de transformation ainsi qu’un meilleur accès aux débouchés pourraient limiter les pertes et renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs. Des circuits de vente directe pourraient également réduire certains coûts intermédiaires, à condition de maîtriser les dépenses de transport et de distribution.
L’enjeu est double : permettre aux producteurs de couvrir leurs coûts et de dégager un revenu, tout en garantissant aux consommateurs un prix raisonnable. Entre le champ et le marché, le déséquilibre ne tient pas seulement à l’écart entre deux prix, mais aussi à la difficulté des agriculteurs à conserver leur production et à négocier sa valeur lorsque l’offre est abondante.
Transformer les pommes de terre pour mieux les valoriser
La transformation en chips constitue une piste pour valoriser les récoltes lorsque les prix des pommes de terre fraîches s’effondrent. Dans le cadre du programme One District, One Factory (ODOF), des unités de fabrication de chips ont été installées dans plusieurs districts, notamment à Andramasina, Ankazobe, Faratsiho et Betafo, ainsi qu’à Toliara I, dans la région Atsimo Andrefana.
À Andramasina, une unité a été annoncée en 2023, avec une capacité de production de 100 kilos de chips par heure. À Faratsiho, le lancement de la production a été annoncé en mai 2024. Ces initiatives visent à transformer une partie des récoltes locales en produits finis, susceptibles d’être commercialisés au-delà des marchés de pommes de terre fraîches.
La transformation peut diversifier les débouchés, prolonger la durée de conservation et créer de la valeur ajoutée. Elle représente ainsi une piste pour réduire la dépendance des producteurs aux fluctuations saisonnières des prix et limiter les pertes en période de surproduction.
Pour les zones productrices comme Andramasina, où le kilo peut tomber à 150 ariary au champ, ces unités pourraient offrir des débouchés supplémentaires. Leur contribution dépend toutefois de leur fonctionnement effectif, des volumes achetés aux agriculteurs et des prix qui leur sont proposés.
L'Express de Madagascar

N'oublions pas comment cette strategie de "one district, one factory" a été nuissant au développement nationale: il avait déjà des producteurs des "ketchup", pourquoi Rajoelina a encore subventionné d'autres, avec zéro couts des outillages (machines) ni rien d'autres, pour le meme produit dans Alaotra-Mangoro (inauguré à grande pompe l'année derniere).
RépondreSupprimerQu''est que vous pensé, quand vous etes un producteur de x.produits, pendant des années, avec des petits moyens, puis il y a 'l'ours du président" qui vous sortent une "unité concurrente à zéro frais et zéro capitale" à coté de la votre? Vous faites grise mine, n'est ce que c'est pas?
Oui, il y a plein d'espaces pour développer les produits agricoles de Madagascar, mais c'est leur peine perdu, si vous n'avez pas d'énergie, ni le capital nécessaire..
Pour votre "Pommes de Terre", il y a le gros que se vendent aujourd'hui en congélé: frites congélés, et sous autres formes. Aha, sans énergie, pas de la congélation, et rupture des chaines de froids .... Donc: oublie le. Mettez votre tete plutot au service de l'essentiel: l'énergie, et d'autres, transformation plastique (emballages), etc. Ca ne vaudra pas la peine, de reflechir à la production d'un eau mineralisé, sans avoir les bouteilles, messieurs.