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| Rolf, musicien, Mahery Nirina Andrianjaka, portraitiste, et Miritsoka Production illustrent les réalités économiques des métiers culturels. |
Musiciens, artistes plasticiens et producteurs de spectacles doivent composer avec des revenus irréguliers, des coûts élevés et une rentabilité incertaine. À Madagascar, vivre de la culture exige aussi une stratégie économique.
Un musicien qui diversifie ses prestations, un portraitiste qui fidélise sa clientèle et un producteur qui mise sur la location de matériel : derrière ces parcours différents, une même réalité se dessine. Dans le secteur culturel malgache, la passion ne suffit pas à garantir des revenus réguliers. Entre cachets très variables, commandes parfois rares et dépenses importantes pour monter un spectacle, les professionnels doivent multiplier les stratégies pour vivre de leur métier.
« Avant, il était impossible de vivre de la musique. Aujourd’hui, j’y arrive pleinement », témoigne Rolf, musicien bassiste. Pour en faire son métier, il a multiplié les activités, notamment en composant des musiques publicitaires et en accompagnant d’autres artistes. Une manière de diversifier ses sources de revenus tout en restant fidèle à sa passion. « Je ne pourrais jamais faire autre chose », affirme-t-il.
Tous les musiciens ne bénéficient cependant pas des mêmes conditions. Dans un petit cabaret, un artiste peu connu peut percevoir entre 50 000 et 100 000 ariary, selon la composition de son groupe. À l’inverse, une vedette peut gagner plusieurs millions d’ariary en une soirée. Les musiciens de bal peuvent, quant à eux, percevoir des cachets limités à 30 000 ou 60 000 ariary pour plusieurs heures de prestation.
À ces disparités s’ajoutent l’irrégularité du travail et l’absence de garantie de retraite. Autodidacte, Rolf a appris la musique par ses propres moyens avant de choisir d’en faire son métier à 24 ans.
La discipline au quotidien
Dans les arts visuels, Andrianjaka Mahery Nirina décrit un parcours différent, mais se heurte au même impératif : faire de son talent une activité viable. « Il faut de l’endurance et surtout de la discipline si l’on veut en faire un métier », souligne le portraitiste, qui dessine quotidiennement, avec ou sans commande, afin d’entretenir sa pratique.
Autodidacte, il a décidé en 2008 de vivre pleinement de son talent, après avoir exercé un autre métier. Sa clientèle fidèle lui a permis de transformer sa passion en profession, malgré les préjugés sur la capacité des artistes à gagner leur vie et les difficultés rencontrées pendant la pandémie de Covid-19.
Ses portraits sont proposés à des prix allant de 240 000 à 9 millions d’ariary, selon les dimensions de l’œuvre et le nombre de personnes représentées. Ses réalisations vont du dessin sur papier à la peinture sur toile ou sur soie, en passant par les fresques murales. Cette diversité lui permet de répondre à différentes demandes.
Des dépenses qui pèsent sur les spectacles
Les difficultés économiques ne concernent pas uniquement les créateurs. Les organisateurs d’événements doivent eux aussi composer avec des charges importantes et des recettes incertaines.
Créée en 2008, Miritsoka Production compte environ 25 employés et a organisé quelque 112 concerts depuis ses débuts. Pour soutenir son activité, l’entreprise propose également la location de matériel.
Bien qu’elle dispose de son propre équipement logistique, les dépenses liées à la préparation des concerts peuvent atteindre plusieurs millions d’ariary. Publicité, location des salles et cachets des artistes constituent notamment des postes de dépenses importants. La rentabilité dépend alors de plusieurs facteurs, dont le lieu choisi, la capacité d’accueil et la notoriété des artistes.
Miritsoka Production organise notamment des concerts au Coliseum et au palais des Sports. Le choix des tarifs doit toutefois tenir compte du public ciblé. Les artistes qui attirent principalement un public jeune ne permettent pas nécessairement de pratiquer les mêmes prix que ceux bénéficiant d’une notoriété plus établie.
Pour promouvoir ses événements, l’entreprise s’appuie désormais sur les réseaux sociaux. Elle cherche également à maintenir la qualité de ses prestations en suivant, autant que possible, les évolutions technologiques. Malgré ses dix-huit années d’activité, la structure n’échappe pas aux incertitudes du secteur : selon ses représentants, les résultats varient d’un événement à l’autre.
Diversifier ses activités, fidéliser sa clientèle, maîtriser ses dépenses et adapter ses prix : ces trois parcours illustrent les conditions économiques de l’exercice d’un métier culturel. Les revenus restent toutefois inégaux et dépendent des commandes, des engagements et de la capacité du public à payer. L’art peut faire vivre, sans garantir une stabilité financière.
Cassie Ramiandrasoa
